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Visar inlägg från maj 30, 2019

L’aborigène mis en Sen

L’écrivain aborigène Kevin Gilbert (1933 – 1993) a écrit : «  This is my thesis that aboriginal Australia underwent a rape of the soul so profound that the blight continues in the mind of most blacks today.  » Beneath Clouds (2002), premier film de l’aborigène Ivan Sen montre cette blessure. Une curiosité, notamment parce que c’est le seul film des deux acteurs principaux. Damian Pitt, malgré son nom, ne fait pas carrière ; il meurt en 2009 dans un accident de voiture.   Dannielle Hall devient mère de famille à 21 ans. Elle en avait 18 lors de la sortie du film. Un article d’un journal australien daté de 2005 révèle que Hall, qui a gagné le prix du meilleur jeune talent à Berlin et parcouru le monde pour la promotion du film, n’a depuis reçu qu’un seul script. On apprend que Sen a aussi disparu de la scène. Le journaliste est mal informé (il devrait lire les journaux) : la même année Sen tourne Yellow Fella , un documentaire sur Tommy Lewis - un des plu...

La grosse illusion

Hitchcock a tourné un court-métrage de propagande en français, en 1944, pour le Ministère britannique de l’information intitulé Aventure malgache . Des acteurs d’une troupe de théâtre évoquent des souvenirs de résistance à Madagascar et notamment un fonctionnaire de Vichy qui a retourné sa veste. On préparait le changement, les têtes allaient tomber. Jean Renoir a lui aussi fait un film de propagande, mais un long-métrage en anglais, exhortant les citoyens des pays occupés au sabotage : This Land is Mine (1943). Charles Laughton est un professeur timide et lâche dans une petite ville de province française. Sa collègue Maureen O’Hara est une impétueuse germanophobe et Sanders, son futur époux, un industriel plus capitaliste qu’opportuniste. Comme beaucoup de films de cette génération, et surtout parce qu’il s’agit de propagande, le propos est emphatique. Les sentiments et les convictions sont expliqués comme dans un manuel d’utilisateur. En somme, les personnages sont si volubi...

Revoir Renoir

Contrairement aux anciens des Cahiers du cinéma, je ne suis pas un admirateur de tout Renoir. Pour moi, un réalisateur n’acquiert le statut d’artiste que s’il écrit ses films, en développant des histoires originales, qui ne soit pas des adaptations, et sans se faire aider d’autres scénaristes et dialoguistes. En cultivant son monde intérieur et en travaillant seul à l’écriture, le réalisateur de films peut montrer son génie créateur. Autrement, il reste au mieux un bon chef d’entreprise artistique, au pire un piètre exécutant. Or, la plupart des films de Renoir sont écrits par d’autres, ou sont des adaptations par d’autres ou sont rédigés en collaboration avec d’autres scénaristes. Si son père Auguste avait colorié des dessins de Monet ou peint ses toiles avec Degas, il n’aurait pas eu la reconnaissance de ses pairs. Rubens avait tout un atelier d’élèves pour peindre ses toiles gigantesques, certes, mais il était créateur d’un style, d’une école et composait lui-même chacune de ...

Edgerton donne le ton

Evelyn, ma copine allemande qui parle anglais comme une saucisse de Francfort, dit toujours « capaticity » au lieu de « capacity ». C’est charmant, ça fait penser à l’Inde, chapati in the city… Hé bien justement, à propos d’Inde et de city, en 2009, Joel Edgerton a tenu le premier rôle dans deux films « City ». Comme transition torsadée, on ne peut faire mieux. «  Mrs Bens, it is very important not to indulge in excessive lamentations. It could affect the full transitions of your daughter into the heaven’s worlds  » C’est ce que dit Krishna, serviteur et ami, à une avocate Australienne venue avec son compagnon rencontrer pour la première fois l’enfant qu’il ont adopté, et qui vient de mourir de la tuberculose. Cette phrase résume les philosophies indiennes : les lamentations ne sont point utiles aux morts tandis que les transitions et les mondes célestes sont pluriels. Deuxième long-métrage de Claire McCarthy, The Waiting City raconte...

Assayas assailli

J’ai vu deux films d’Assayas sur Arte, Irma Vep (1996) et Sils Maria (2014). Très différents par la facture - le premier est capricieux comme un jeune antique, l’autre est classique comme un vieux moderne - ils ont en commun une référence au cinéma ancien. Irma Vep est le personnage principal du désormais classique Les vampires (1915-16 – Louis Feuillade) et Sils Maria est le village suisse où Arnold Fanck, spécialiste du film alpin – il a tourné cinq longs métrages avec Riefenstahl – a filmé Das Wolkenphänomen vom Maloja (1924) un beau court-métrage dont des extraits sont montrés dans le film d’Assayas. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles l’œuvre du Français a été gazé par certains critiques new-yorkais, Fanck étant connu comme un sympathisant nazi, tardif mais sympathisant tout de même. Tout ce qui touche de près ou de loin le cinéma, à New-York comme à LA, est un peu juif. Gare aux références ! Je revois donc avec le même plaisir Irma Vep, quintessence de ...

Piraterie et pitreries

Rien de tel qu’un film de pirates des années cinquante pour vous dérider les fesses. Ces tuniques courtes à gros ceinturons ajustées sur des collants ductiles, ces pirates femelles qui se crêpent les bouclettes et font siffler leur sabre au niveau des testicules de leur adversaire ou se laissent écraser le menton par leur bouche avide (le baiser cinématographique des années 50 est calqué sur la ventouse de cabinet en action), ces réparties grotesques et engourdies par des acteurs et actrices qui sortent de la salle de maquillage où ils se sont donnés à leurs vices inavouables, tout cela vous donne le délicieux frisson du dimanche soir lorsqu’un monde tout d’enthousiasme et de paillettes vous protège encore pour 90 minutes de la morosité du quotidien et du dérèglement climatique. Twentieth Century Fox, Universal Studios, RKO Radio Films and Warner Bros Pictures faisaient feu de tous leurs canons. Captain Horatio Hornblower RN (1951) Le film a vieilli à son désavantage, Sud-América...

Déprimants primates

Les primates ! Il ne s’agit pas ici des nombreux King Kong ni des cinq ou six versions de La Planète des singes depuis 1968 mais du dernier Tarzan et du dernier Mowgli – personnages toujours en compétition avec Hercule, Peter Pan ou Frankenstein quand on ne veut pas prendre le risque de faire du neuf. The Legend of Tarzan (2016) de David Yates semble nous ramener, en fait de légende, vers une forme de réalisme bienveillant. Dans Greystoke (1984) Christophe Lambert tuait en combat singulier un de ses congénères primates. Dans le film de Yates, Alexander Skarsgård se bat contre un primate, est vaincu par lui et lui sauve la vie par la suite. Cela s’appelle du recyclage intelligent. Les mentalités ont changé. Samuel Lee Jackson, envoyé par le gouvernement américain, doit réunir les preuves des exactions et de l’esclavagisme perpétrés par Léopold II au Congo, c’est toujours pratique de fayoter les copains pour faire diversion (la thèse d’un génocide dans l’État Indépendant du Co...

Des films qui refroidissent

On ne sait pas où va l’humanité mais ce qui est certain c’est qu’elle n’en reviendra pas. On se souvient en 2006 du documentaire de l’ancien vice-président américain Al Gore An Unconfortable Truth qui montrait de façon pédagogique les dégâts de la croissance. Or, dix ans plus tard, rien n’a vraiment changé : la croissance continue de tout détruire, la couche d’ozone, les espèces, les océans... Et la communauté scientifique, soutenue par des personnalités clairvoyantes, réitère sans fin ses alarmes. L’une d’elles vient de retentir. Il s’agit de Before the Flood . La première de ce documentaire sur le réchauffement climatique a eu lieu à Londres en octobre 2016, c’est-à-dire maintenant. Je viens de le regarder sur Arte. DiCaprio, représentant des Nations-Unies pour les questions climatiques, et son réalisateur Fisher Stevens voyagent du Groenland aux Maldives, de la forêt boréale canadienne à la jungle tropicale indonésienne, de Pékin au Vatican, ils rencontrent les plus...

Avec les yeux de Le Clézio

2008 est un bon millésime puisque l’académie suédoise (De aderton – les 18 membres) décerne le prix Nobel de littérature à Le Clézio tandis qu’une tendre amie italienne employée à la librairie française de Lund, m’offre un exemplaire de Ballaciner (Gallimard – 2007). Comme le livre est un pique-nique dans le cinéma, une tranche de jambon par-ci, une tomate par-là, j’en ferai une critique désordonnée dans le seul but de vous ouvrir l’appétit. N’y voyez donc pas la prétention de me hisser au niveau d’un grand écrivain en lui cherchant chicane. D’abord, la majorité des prix Nobel s’est effacée de notre mémoire – qui a lu Sully Prud’homme ? – ensuite, les plus grands génies sont méconnus, vous et moi en sommes l’amère illustration. Ballaciner est tout à la fois une réflexion sur le septième art, l’évocation des souvenirs qui y sont liés et une exploration de quelques grandes œuvres, une ballade (probablement au sens provençal originel qui signifie danser) jalonnée d’ «  in...

Introduction à la Audiard

En me grattant les roubignoles ce matin, je me suis exclamé « Non mais sans blague, blogons ».   « Mais sur quoi ? » me suis-je demandé. Et comme je ne répondais pas, j'ai finalement décidé de gloser sur des films, des réalisateurs, des acteurs, des écoles, des festivals… j’accompagnerai cet exercice pictural de petites touches autobiographiques et de quelques expériences cinéphiles aux quatre coins de la galaxie, la nôtre, pas celle des Necromangers. Cette page Facebook permettra-t-elle au bloggeur d’engager la conversation avec des femmes à lunettes, faisant étalage de leur vertu, dans le but de les convertir au vice ? Réponse chez Fellini. Donc instruisez-vous, restez cois ou alors commentez avec scélératesse. À raison d'un film par jour (à Fårö, Bergman en voyait trois) depuis l'âge de 10 ans, j'en ai vus ou revus quelque 15 000. Mais ce n'est qu'une moyenne car il y a eu des périodes où je n'en voyais pas un seul pendant des mois, par e...

Introduction à la Godard

J ’ai vécu mes années de mioche dans deux mondes parallèles, le monde réel que je trouvais méchant et le monde de mon imagination. Et comme tous les enfants, j’aimais aussi les histoires des autres. Les livres étaient toujours mon premier refuge. J’aimais beaucoup les bandes-dessinées car il y avait les images. Or mes parents n’avaient pas la télévision et il n’y en avait pas non plus chez la nourrice ni à l’internat où j’ai passé enfance et jeunesse. Une frustration a donc grandi en moi sans que j’y prenne garde. Adulte, je courais les salles obscures dans la limite de mes moyens. Les cinémas se partageaient mon amour des histoires avec les bibliothèques et les musées. Mais ce n’est que bien plus tard, avec l’explosion d’Internet que j’ai pu satisfaire mon énorme appétit, cette assuétude qui m’a fait plusieurs fois frôler l’overdose. Je peux regarder une trentaine de films en une semaine, m’en bâfrer une vingtaine en un seul week-end. Autodidacte omnivore, j’ai plus le désir de par...