Des films qui refroidissent
On ne sait pas où va l’humanité mais ce qui est
certain c’est qu’elle n’en reviendra pas. On se souvient en 2006 du
documentaire de l’ancien vice-président américain Al Gore An Unconfortable
Truth qui montrait de façon pédagogique les dégâts de la croissance. Or,
dix ans plus tard, rien n’a vraiment changé : la croissance continue de
tout détruire, la couche d’ozone, les espèces, les océans... Et la communauté
scientifique, soutenue par des personnalités clairvoyantes, réitère sans fin
ses alarmes. L’une d’elles vient de retentir. Il s’agit de Before the Flood.
La première de ce documentaire sur le réchauffement climatique a eu lieu à
Londres en octobre 2016, c’est-à-dire maintenant. Je viens de le regarder
sur Arte. DiCaprio, représentant des Nations-Unies pour les questions
climatiques, et son réalisateur Fisher Stevens voyagent du Groenland aux
Maldives, de la forêt boréale canadienne à la jungle tropicale indonésienne, de
Pékin au Vatican, ils rencontrent les plus grands politiciens et scientifiques
de notre temps pour brosser le tableau du réchauffement global. Un tableau
semblable au troisième volet du triptyque de Jérôme Bosch Le jardin des
délices, qui fascinait DiCaprio dans sa jeunesse, montrant les affres de
l’enfer. Comme quoi, même les loups de Wall Street ont des préoccupations altruistes.
En 2007, tandis
qu’Al Gore recevait le prix Nobel de la paix, Werner Herzog effleurait le thème
du réchauffement global par petites touches périphériques, dans un
environnement glacial. Encounters at the End of the World nous emmène en
Antarctique, non pas pour faire « un énième film sur les pingouins »,
nous dit Herzog, mais pour poser des questions comme « pourquoi les
hommes portent-ils des masques ou des plumes pour cacher leur identité ? »
propos illustrés par un extrait de vieux western. Dans la station américaine de
Mc Murdo, située sur l’île de Ross, du nom de l’explorateur britannique qui l’a
découverte, Herzog interroge des travailleurs et des scientifiques sur les
raisons de leur présence, du philosophe conducteur de camion au biologiste marin
en passant par le plombier apache descendant d’une lignée royale inca. Il nous
donne à voir les créatures les plus étranges au fond des eaux glaciales, le
volcan Erebus situé sur l’île, un des trois volcans du monde où le magma est à
ciel ouvert, quelques pingouins tout de même (en fait des manchots), les uns restant en colonie, les
autres allant vers l’eau pour se nourrir ; et puis ce manchot au
comportement inexplicable : il choisit de s’enfoncer dans les glaces
australes, vers les montagnes et une mort certaine… On apprend la cruauté du
monde microscopique marin et l’évanescence de la plus petite particule de
l’univers, le neutrino, qui vit pour ainsi dire dans un monde parallèle.
Le film, par la
juxtaposition de ces métonymies humaines, animales, géologiques, nous entraîne
dans une réflexion sans fond, comme ces eaux à – 20 C. L’accent
teuton d’Herzog et la musique (Malik s’en est-il inspiré pour The Tree of
Life ? ) accompagne des images parfois belles, mais sans
recherche d’esthétisme. La force de la réflexion s’accommode bien de cette
nudité. J’adore ce documentaire : il correspond à ce que j’aimerais faire,
et à ce que j’ai déjà fait avec ma Sony, débarquer à un endroit et interroger
les gens, la diversité.
Est évoqué le
philosophe anglo-américain Alan Watts qui voyait les hommes comme les témoins
de l’univers qui prend conscience de sa magnificence grâce à eux. C’est une
idée magnifique : Aphrodite ne pourrait connaître sa beauté sans les
vers du poète. Mais si le poète la tue ? Si son lyrisme est venimeux ou
malveillant ou négligent ? Le même Allan Watts proposait le bouddhisme
comme une psychothérapie plutôt qu’une religion. Alors, d’accord, faisons tous
cette thérapie mais surtout changeons nos habitudes.
Pour nous en
convaincre, il suffit de revoir Chasing Ice (2012) où James Balog, à
l’aide d’une vingtaine d’appareils photographiques placés en Islande, au Groenland,
en Alaska et dans le Montana, montre par le time lapse (prise de vue à intervalles
réguliers) le terrifiant recul de ces glaciers sur une période de 4 ans et
demi, apportant ainsi la preuve visuelle irréfutable du réchauffement
climatique. Certains de ces glaciers ont fondu 10 fois plus vite depuis le
début du siècle que pendant tout le siècle précédent. On y voit aussi le
plus gros « vélage » de
mémoire d’homme, quand un glacier groenlandais perd plus de 7 km3 en
une heure. D’énormes quartiers de glace, trois fois la taille de l’Empire State
Building, se séparent de l’inlandsis avec des craquements bibliques et
s’abîment dans l’océan en de gigantesques remous. Un réchauffement servi on the
rocks.
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