Introduction à la Godard


J’ai vécu mes années de mioche dans deux mondes parallèles, le monde réel que je trouvais méchant et le monde de mon imagination. Et comme tous les enfants, j’aimais aussi les histoires des autres. Les livres étaient toujours mon premier refuge. J’aimais beaucoup les bandes-dessinées car il y avait les images. Or mes parents n’avaient pas la télévision et il n’y en avait pas non plus chez la nourrice ni à l’internat où j’ai passé enfance et jeunesse. Une frustration a donc grandi en moi sans que j’y prenne garde. Adulte, je courais les salles obscures dans la limite de mes moyens. Les cinémas se partageaient mon amour des histoires avec les bibliothèques et les musées. Mais ce n’est que bien plus tard, avec l’explosion d’Internet que j’ai pu satisfaire mon énorme appétit, cette assuétude qui m’a fait plusieurs fois frôler l’overdose. Je peux regarder une trentaine de films en une semaine, m’en bâfrer une vingtaine en un seul week-end. Autodidacte omnivore, j’ai plus le désir de partager que la prétention d’éduquer. Quoique parfois…

C’est en lisant Ballaciner que j’ai eu envie d’écrire sur ma passion. Un peu déçu par cette évocation à laquelle manquait, me semblait-il, la jouissance que le cinéma peut procurer, et où je ne trouvai que peu de choses propres à enrichir mon album personnel, je décidai de coucher sur le papier ce que je voyais assis dans mon fauteuil. En fait, le plus souvent je ne prends pas de crayon, tout ce passe sur mon ordinateur. Monde formidable à la fois de solitude et de multitude.

Voici donc un ensemble d’articles rédigés au cours des dernières années, sur des films, des réalisateurs, des acteurs et sur tout ce qui touche au cinéma.

Vous ne manquerez pas de trouver dans ces articles, tantôt une sorte de pédanterie, tantôt une robuste grossièreté, selon les dispositions dans lesquelles vous vous découvrirez vous-même. Vous y lirez souvent des citations ou des extraits de dialogue, si rares dans les critiques journalistiques ; par contre vous n’y trouverez pas le compte-rendu détaillé des scénarios que vous pouvez vous-mêmes consulter en ligne. Je remplace tout ça par des références à ma vie, personnelle et fascinante, et par la promotion de ma propre philosophie car, comme l’écrivait Bernard Shaw à un collègue : « We two, cradled in the same new sheets, made an epoch in the criticism of the theatre and the opera house by making it a pretext for a propaganda of our own views of life. » Et n’oublions pas que selon Truffaut : « Tous les Français ont deux métiers, le leur et critique de cinéma ».

Et tout au long de ce travail, j’essaye de ne pas m’éloigner de mon plaisir, d’être plus spectateur que critique, car comme le soulignait Cioran (Cahiers – p. 916) : « Le critique ne peut se permettre le luxe de s’oublier ; il doit être conscient à chaque moment ; or ce degré de conscience exacerbée est finalement appauvrissement. Il tue ce qu’il analyse. » Voilà, mes hommages rendus, je vous livre à ma lecture.

Il sera aussi question de trois films qui n’existent que dans mon imagination. Trouvez les intrus.

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