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Visar inlägg från maj 31, 2019

Accords perdus dans le vent

Buena Vista Social Club (1998) Rye Cooder est allé chercher Wim Wenders, pour qui il avait composé la musique de l’excellent Paris Texas (1984), pour tourner un documentaire sur la musique cubaine, celle des années 30 à 50. Merci à eux, il faudrait faire un documentaire comme celui-ci pour chaque tradition musicale sur tous les continents. On sait le succès que le film et la musique du film ont eu à travers le monde. Réunir ces canoniques musiciens ressemblait à un travail d’anthropologue et pourtant ce ne sont pas des reliques figées dans le formol qui nous sont montrées mais d’authentiques géants desquels le temps a détourné ses regards, sans doute pour mieux jouir des mélodies. Nous sommes en 2014, la plupart de ces artistes, Compay Segundo ( Chan Chan ) et Ibrahím Frerrer ( Ay Candela ), sont morts depuis le tournage ; Seule Omara Portuondo ( La Sitiera ) chante toujours. J’avais entendu parler du film à sa sortie et vu quelques extraits mais, comme cela arrive souvent ave...

Joindre le futile à l’agréable

Hier soir, j’avais invité une copine et sa sœur à dîner. Nous sommes ensuite sortis prendre un verre et danser la salsa à Cuba Café. Vite lassé par la musique tonitruante, je suis rentré chez moi et j’ai vu deux films. Jusque-là rien d’anormal puisque je termine souvent la soirée et entame le début de la nuit face à l’écran de mon ordinateur. Irrésistible et malsain. Ce qui est étrange c’est que ces films, pris au hasard parmi les téléchargements, auraient dû me laisser une impression toute autre. In My Country (2004) de John Boorman, un film important sur la Truth and Reconciliation Commission en Afrique du Sud au milieu des années 90, par un grand réalisateur ( Excalibur , Deliverance et bien d’autres), avec trois acteurs de stature internationale, Jackson, Binoche et Gleeson. Construit à partir du best-seller de la poétesse Antjie Krog. Binoche au sujet de la commission : We’re here to compromise . Jackson : What kind of compromise ? To let colored people...

Hypergonar toi-même, hé…

C’est fou ce que le cinéma, de l’invention de la photographie à celle de la caméra-grue, doit à la France ! Mon cœur se gonfle d’un légitime orgueil tandis que ma poitrine fait retentir les premières notes de notre hymne national : « Aux…bjectifs et caméras, et vous les histrions, filmons, filmons… ». Vous savez ce qu’est une anamorphose ? Vous connaissez le double portrait en pied de deux ambassadeurs français à la cour d’Angletterre peint par Holbein (le jeune, vous savez…) en 1553, intitulé Les Ambassadeurs ? En bas du tableau, il y a une forme allongée indistincte. En vous plaçant de biais par rapport au plan de l’œuvre, vous découvrez une tête de mort, sujet classique à l’époque pour rappeler ce que la vie a d’éphémère, et que l’on appelait « vanitas ». C’est aussi une anamorphose. En 1926, Henry Chrétien invente un dispositif anamorphoseur baptisé Hypergonar (du grec, « angle ») constitué de lentilles concaves et convexes, p...

Nordic blanc ou nordic blet

Les critiques littéraires anglo-saxons distinguent le genre « scandinavian noir » ou « nordic noir » apparu dans les années 90 selon les uns avec Smilla’s Feeling for Snow filmé par Bille August ; dans les années 2000 selon les autres, avec la trilogie de Stieg Larsson portée à l’écran dès sa publication. Henning Mankell et son personnage Kurt Wallander sont cités aussi en exemple, ainsi que le commissaire Beck de Sjövall (prononcer cheval) et la série originale Bron (Le pont) achetée ou adaptée par une quarantaine de pays. Il y a effectivement un patrimoine commun à ces histoires policières mises en scène par des Scandinaves, un réalisme sans artifices, le côté laborieux des enquêtes dans une ambiance atone et des explorations morales complexes. On trouve ces traits dans des succès de librairie islandais aussi, tels que Mýrin de Arnaldur Indriðason, porté à l’écran par Kormákur en 2006. Et on trouve aussi ce réalisme poignant dans un genre hybride de fil...

Troque trois traqueurs contre un treck en tricot

The Tracker (1988) HBO a embauché John Guillermin, réalisateur de The Towering Inferno (1974) et le King Kong (1976) avec Jessica Lange, pour ce téléfilm sans qualités ni défauts notables sinon le manque d’humour. Kris Kristofferson poursuit un gang de salopards et en profite pour éduquer son protégé sur l’art du dessoudage. Quelques chasseurs de prime et bandits passent à la casserole. À la fin, Kristofferson se fait descendre. Il arrive toujours un moment où le traqueur trinque, c’est connu. Voyez Heaven’s Gate (1980) du génial Michael Cimino. Kris était plus en forme. Maintenant, allons voir comment ça se passe chez les Australiens et les Néo-Zélandais. The Tracker (2002). Rolf de Heer, auteur du formidable Ten Canoes (2010), a obtenu une quinzaine de récompenses pour ce récit de chasse à l’homme dans l’Outback australien des années 20. Trois cavaliers blancs (au sens ethnique et non symbolique) se lancent sur les traces d’un aborigène accusé du meurtre d’une femme, bla...

Maîtres et traîtres, traîtresses ou maîtresses

Puhdistus (2012 – La purge) Film estonien, production en partie finlandaise. Une critique finnoise a reproché à Antti Jokinen de « tout dire en lettres capitales » et en même temps elle se félicite que le roman, dont le film est une adaptation, soit un chef-d’œuvre du détail. On n’attend pas du cinéma ce que l’on demande d’un roman. Il s’agit de deux récits convergents, le premier à l’époque contemporaine, le deuxième en flashs back pendant l’occupation russe et la seconde guerre mondiale. Une jeune fille fuit ses ravisseurs, des proxénètes sans scrupules, et échoue par hasard chez une vieille campagnarde un peu folle, Aliide. L’action présente s’intercale donc avec le passé de la vieille femme, dont on découvre la personnalité avec quelque inquiétude. Sa sœur se marie à un homme dont Aliide est elle aussi amoureuse. Les communistes russes et estoniens traquent le mari « ennemi du peuple ». À l’instigation d’Aliide, dont la force de caractère n’a d’égal qu...

Ça tombe à plats

Je voulais intituler cet article « G a » façon rébus de Voltaire au roi de Prusse, « G grand a petit ». Julie & Julia (2009) est le portrait croisé de deux femmes amoureuses de la cuisine. Julie c’est le petit a et Julia le grand G. Julia Child, icône américaine des années 60-80, a fait connaître la cuisine française à ses compatriotes. Julie, bloggeuse du XXI e siècle a essayé toutes les recettes de Julia. C’est sur les livres de ces deux femmes qui ne se sont jamais rencontrées que Nora Ephron (morte en 2012, scénariste de When Harry Meets Sally (1989), femme du journaliste Berstein et connaissant ainsi la véritable identité de Gorge profonde dans le scandale du Watergate) a réalisé ce film gourmand avec Meryl Streep et Amy Adams. La musique est composée par le frère de ma copine Kiki, Alexandre Desplats. Le personnage de Streep, Julia, est presque insupportable par sa voix et sa diction mais probablement très fidèle à l’originale. On suit donc Julia de...

Koulechov effet cool

Feux nos aïeux ! Jeu de mot désossé puisque l’on parle de La guerre du feu. Je précise : feu/feue dans feu mon père, feue ma mère, survivance d’une forme désuète du verbe être au passé simple. Bref. Jean-Jacques Annaud aime les entreprises compliquées. Il a porté à l’écran un roman que je lis une fois tous les cinq ou six ans depuis que j’en ai dix : La guerre du feu. Filmer des éléphants couverts de poil de yack n’est pas une petite affaire, surtout quand il faut changer les lois de l’Islande, un des lieux prévus du tournage, et finalement les déplacer en Écosse ; difficile aussi quand on veut les entraîner dans une charge et qu’ils s’enlisent dans un marécage… Annaud raconte très bien l’incroyable quête semée d’embûches que ce projet a représenté pour lui. Comme s’il était parti pieds nus, chercher du feu au-delà de l’horizon. Quand je revois le film aujourd’hui, je ressens le même étonnement que lors de sa sortie. L’esprit du livre est là, mais point intact. Q...

Davidson n’a peur de personne

En 2013, j’étais en Australie. Avec trois copines de Paris nous avons parcouru dans un vieux camper-van les 1700 miles de Perth jusqu’à Adelaïde. Nous faisions du volontariat chez les Aussies, dans les immenses exploitations. C’était un enchantement de voir ces kangourous de la taille d’un homme faire la course avec les 4x4, les galahs au jabot rose s’envoler comme des ballons de foire dans un criaillement tropical, observer des biches et des cerfs des antipodes traverser un marais parsemé de roseaux secs et d’arbres aux racines torturées. Il y avait des serpents anthracite qui se coulaient dans les herbes, des araignées grosses comme mon poing dans les granges avec toute leur progéniture sur le dos qui s’éparpillait comme les gouttes de mercure d’un thermomètre brisé. Et on élevait des moutons et des chèvres, et des buffles d’Asie noirs et menaçants, des émeus pour leur viande et leurs plumes, des lamas hautains. Mais nous n’avons jamais vu de dromadaires. Et pourtant, selon les d...

Maori ça m’ira

Parmi les régions qui me font encore rêver - la Patagonie, le Kalahari, la Beauce - il y a la Nouvelle-Zélande. Quand un film me donne à voir les montagnes, les forêts et l’océan néo-zélands (j’apocope l’adjectif pour l’effet poétique) et surtout les reliefs de la maorie, je roule des yeux et je tire la langue comme dans un Kapa Haka. C’est mahorripilant. The Piano (1993) de Jane Campion que vous avez déjà vu et aimé, vous a appris que les Kiwis font aussi du cinéma. Mais pour comprendre la culture maorie et la situation contemporaine des Maoris, voyez deux autres grands films néo-zélands, le poétique Whale Rider (2002 – Nikki Caro) et le redoutable Once Were Warriors (1994 - Lee Tamahori). Je me souviens avoir vu ce dernier dans une salle minuscule de Malmö. La violence de l’histoire, sévices conjugales et alcolisme dans la banlieue d’Auckland, est gravée dans mon souvenir pour toujours. Toutefois mon Maori préféré s’appelle Taika Waititi. Maori par son père et juif pa...