Maîtres et traîtres, traîtresses ou maîtresses


Puhdistus (2012 – La purge) Film estonien, production en partie finlandaise. Une critique finnoise a reproché à Antti Jokinen de « tout dire en lettres capitales » et en même temps elle se félicite que le roman, dont le film est une adaptation, soit un chef-d’œuvre du détail. On n’attend pas du cinéma ce que l’on demande d’un roman.

Il s’agit de deux récits convergents, le premier à l’époque contemporaine, le deuxième en flashs back pendant l’occupation russe et la seconde guerre mondiale.

Une jeune fille fuit ses ravisseurs, des proxénètes sans scrupules, et échoue par hasard chez une vieille campagnarde un peu folle, Aliide. L’action présente s’intercale donc avec le passé de la vieille femme, dont on découvre la personnalité avec quelque inquiétude. Sa sœur se marie à un homme dont Aliide est elle aussi amoureuse. Les communistes russes et estoniens traquent le mari « ennemi du peuple ». À l’instigation d’Aliide, dont la force de caractère n’a d’égal que cet amour inavouable qu’elle porte à son beau-frère, les deux femmes cachent leur homme dans une remise pendant des années, en lui faisant croire qu’il est toujours en danger, que ses compagnons ne font plus de résistance, qu’ils sont tous morts, etc. À diverses reprises, la police interroge les deux sœurs. Aliide subit un viol collectif. À une autre occasion on l’oblige à torturer sa sœur en présence de la fille de cette dernière. Jamais Aliide ne cède, jamais elle ne parle, et elle continue à cacher le mari de sa sœur après que celle-ci ait été déportée avec sa fille. Elle va jusqu’à feindre l’amour et se marier avec un communiste afin d’obtenir des papiers pour son cher amour. Celui-ci, enfin libre, au lieu de rejoindre Aliide comme convenu à Tallin, rallie la résistance. Il revient plus tard à la maison où Aliide le trouve à l’agonie. Ses poursuivants l’ont blessé. Folle de douleur, son rêve d’amour anéanti, elle achève à l’arsenic l’infortuné mari, de toute façon condamné. Pas d’asthénie en Estonie !

Retour dans le présent : les deux proxénètes, que les traces de la jeune fugitive ont mené jusque chez Aliide tentent de la faire parler. Ils ne savent pas à qui ils ont affaire. Aliide a conservé un souvenir de la guerre, un vieux Luger…  La jeune fugitive découvrira bientôt qu’elle est la petite nièce d’Aliide.

Je ne déplore pas que tout soit dit en lettres capitales car ma petite tête s’est beaucoup fatiguée à faire coïncider une langue finno-ougrienne avec des sous-titrés anglo-saxons. J’ai dû me farcir deux fois certains morceaux pour m’assurer de bien suivre. Il faut voir ce film ne serait-ce que pour Laura Birn (Aliide jeune) et Liisi Tandefelt (vieille Aliide) qui donnent au personnage cette incroyable obstination, ce courage proche de la démence. On pense un peu à Rapace dans la trilogie Millenium, un peu à Weaver dans les Alien mais ces personnages féminins, s’ils ont les muscles, la cervelle et la hargne, ne montrent pas l’amour inflexible qu’aucun crime et aucune trahison ne sauraient rebuter. Pour cela, il faut remonter dix ans plus tôt et voir Bonnevie dans I am Dina (2002 – Borneval) et encore, Dina est une bourgeoise favorisée par la vie.

En fait, il y a un genre filmique défini par sa toile de fond, la seconde guerre mondiale, et son appétit d’amours et de trahisons. Un genre spécifique avec Russes ou Allemands selon les cas, chaque pays occupé y allant de son trémolo, qui connaît un regain de popularité. Par exemple, on se souvient de George Peppard et de la seule exécution de Sophia Loren au cinéma, certes dans un second rôle, dans Operation Crossbow (1965), pas fameux. Il y en a beaucoup d’autres, de ces histoires écartelantes, tenez par exemple les deux films avec Harrisoon Ford, Force 10 from Navarone (1978 – Guy Hamilton) et Hanover Street (1979 – Peter Hyams), encore des traîtres et des maîtresses. Une femme française (1995 – Régis Wargnier) ne valait pas les deux femmes allemandes Aimee & Jaguar (1999 – Färberböck) interprétées par Maria Schrader et Juliane Köhler. Lesbiennes et résistantes, quelle belle combinaison.

Dans la nouvelle vague, notons l’admirable Zwartboek (2005 – coécrit et réalisé par Verhoeven) avec la magnifique Carice van Houten (elle me rappelle le chocolat de mon enfance, et d’ailleurs elle s’en enfile quelques tablettes dans une scène où, allongée sur un lit d’hôpital un traître lui injecte une dose mortelle d’insuline), et Flammen & citronen (2008 – coécrit et réalisé par Ole Cristian Madsen) excellent film historique danois à suspens avec le ténébreux Mikkelsen. On peut aussi suivre le norvégien Max Manus (2008) saboteur réputé, incarné par Axsel Hennie dans un biopic sans génie, trop enclin au romantisme et faisant la part trop belle aux atermoiements fraternels et au courage patriotique. Les 12 récompenses récoltées sont évidemment norvégiennes. Plus proche de la catégorie dont nous parlons, et toujours en Norvège, Svik (Trahison - 2009 – écrit et réalisé par Äkon Gundersen) pas plus réussi mais moins lécheur de culs. Sur un ton plus mesuré, le Femmes de l’ombre (2009 – coécrit et réalisé par J.P. Salomé) avec la belle et un peu trop douce Sophie Marceau, fait figure décente. Bien sûr, les Américains pompent le sujet jusqu’à le boursouffler avec Allied (2016 – Zemeckis) dans lequel Pitt, amoureux de son espionne Cotillard, se méfie d’elle. Un parfum des vieux films d’espionnage de notre cher Hitchcock nous taquine les narines et nous taraude par le doute. La même année l’Anglais Sean Ellis nous concocte un film historique sur l’assassinat de Heydrich, Anthropoid, assaisonné de romance et de trahison, comme il se doit, avec Cillian Murphy. HHhH (2017 - Cédric Jimenez) est néanmoins plus intéressant. Est-ce parce que Heydrich est mieux dépeint ?
Et puis voici ce que je pensais d’un film que seul son titre prédisposait à la gloire,  The Exeption (2016 – David Leveaux). Ce qui avait une couleur historique inédite, Himmler voulant rapatrier le Kaiser Guillaume II de son exil aux Pays-Bas, rejoint l’étagère des amours passionnées sur fond de conflit mondial. Le tumulte des sentiments dans le chaos de la guerre, une combinaison chère à toutes les productions européennes et depuis vingt ans. Le film a ses mérites dont le principal est le couple impérial interprété par Christopher Plummer et Janet McTeer. Les deux héros Lily James et Jay Courtney brillent dans leur nudité entraperçue – les fesses de Lily sont toute mignonnes – sans convaincre dans leurs uniformes respectifs, femme de chambre et capitaine de la Wehrmacht. En revanche Eddie Marsan (Happy-Go-Lucky - 2008) fait un Himmler aussi fugitif dans le film qu’éternel à l’écran, petit, revêche, crétin, parfait. Rien à envier à Donald Pleasance dans The Eagle has Landed (1975 – Sturges). Plummer est toujours magistral - l’extraordinaire The Last Station (2009 – Michael Hoffman) à propos de Tolstoï - à qui l’on devrait se dépêcher de confier tous les premiers rôles de septuagénaires et au-delà. Dans la même veine, on se dépêchera de rater Suite française (2014 – Saul Dibb – G.B.-France-Belgique), une adaptation de romans écrits par une juive juste avant qu’elle ne meurt en déportation et publiés dans les années 2000. Même sauce béchamel, Michelle Williams en campagnarde tricolore et Matthias Schoenaerts en officier du Reich. Non seulement on s’emmerde mais en plus on se demande qui est assez crétin au XXIème siècle pour produire un film sur l’histoire du XXième avec des acteurs anglais dans les rôles français et belges dans les rôles allemands. Kristin Scott Thomas est pourtant bilingue mais on la fait jacter en anglais. Poubelle.

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