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Arcady de supermarché

Ce que le jour doit à la nuit (2012) Ces titres dont le lyrisme le dispute à l’opacité – genre Les piafs se cachent pour clamser, On achève bien les canassons ou La merguez sonne toujours deux fois – portent en eux une dose létale de romantisme ébouriffé. On s’attend au pire et on est rarement déçus. Alexandre Arcady signe une longue, longue saga romantique dans le décor colonial, sur le modèle d’ Indochine (1992 – Wargnier) mais dans l’Algérie des années 50, parmi les juifs, les pieds noirs, les juifs pieds noirs, les caracoles (Espagnols immigrés), Arabes du cru, Français de métropole et métis de toutes sortes. Une saga avec violons et piano, et la problématique un peu XIX e siècle «  comme j’ai baisé ta mère et qu’elle m’a fait jurer de renoncer à toi sinon elle te dirait tout, j’ai toujours refusé tes avances et tu t’es marié à un de mes potes que tu n’aimes pas et moi tout ce temps-là je t’ai aimée  ». Pour tout dire anachronique. Et on tient 150 minutes à ce régime...

C’est féroïen mais ça fait rien

Mais c’est islandais et ça y fait.   En 1996, peu de temps après mon arrivée en Suède, je me suis rendu aux îles Féroé, un archipel de 18 îles, à mi-chemin entre l’Écosse et l’Islande et à mi-parcours entre la dépendance à la couronne danoise et l’indépendance totale. À l’époque il n’y avait qu’une liaison à partir de Copenhague. On prenait un avion de ligne des compagnies Maersk ou Atlantic Airways, d’un format spécial car la piste de l’unique aéroport féroïen, construit par les Britanniques pendant la guerre, est courte. Le vent souffle si fort que l’atterrissage est une expérience inoubliable, entre le crash aérien et les montagnes russes. Les Féroïens n’éteignent jamais leur moteur quand ils s’arrêtent pour faire des achats : tant que le vent soufflera il n’y aura pas de pollution troposphérique ni même de réchauffement global. Et puis il y a des stations-service partout ; elles foisonnent sur ces îles chauves occupées à l’époque par 40 000 habitant...

Tri haut

Les années passent, notre potentiel d’admiration s’étiole. Quand vous étiez enfant, vous vous pâmiez devant un épisode de Zorro ou une aventure de Tintin. Et puis vous êtes devenu un adolescent frondeur mais curieux, vous imaginiez la belle au bois dormant à poil ; si vous étiez fille, Thierry la Fronde vous humectait les petites lèvres et si vous vous targuiez d’être un intello, vous encensiez Jean-Marie Straub et Danièle Huillet plutôt que Godard qui rimait déjà avec ringard. Par la suite, tour à tour vous admirâtes Kubrick et ses explorations des genres, l’onirisme exotique de Kurosawa, Tarkovski dans ses gouffres et ses éthers, le dilettantisme jouisseur de Chabrol, les couleurs du génie chez Kieslowski, l’exubérance de Fellini peut-être, les errances de Wenders… enfin chacun de nous avait ses préférés, ceux que l’on admirait comme on se choisit un guide, un groupe de rock ou un écrivain immortel. On criait au génie comme on se déclare soi-même au-dessus des autres. Or, les a...

Mikkelsen et mes caleçons

Voici une prouesse allitérative dont je ne suis pas peu fier, même si je n’ai pas encore trouvé comment faire le lien entre mes slips et le célèbre acteur danois. Commençons par jeter un regard distrait aux deux derniers films de Mads dont les titres, Arctic et Polar suggèrent une parenté, néanmoins démentie dans les faits. Polar (2019 – tout frais, c’est l’cas d’le dire), film produit par Netflix, tourné par le Suédois Jonas Åkerlund, auteur de clips vidéos à tire larigot, notamment pour Rammstein, est « inspiré » d’une bande dessinée récente dont je tairai le nom, ça m’évitera de faire des recherches inutiles. « Inspiré » entre guillemets parce qu’en guise d’inspiration, c’est plutôt un dernier souffle. On trouve une vague similitude avec les couleurs contrastées de Dick Tracy (1990 – Warren Beaty), les délires vengeurs de Kill Bill (2003 – Tarantino), les fusillades vidéos de John Wick (2014 – je sais plus qui) et une chouille pince sans rire scandinav...

L’Inuit porte conseil

Avez-vous, comme moi, grandi avec les romans du grand Nord ? Le Dernier des Mohicans ( The Last of the Mohicans – J.F. Cooper – 1826) l’Est canadien c’était aussi le Nord ; Croc Blanc ( White Fang - Jack London – 1906) entre chien et loup ; Nomades du Nord (Nomads of the North – J.O. Curwood – 1919) entre ours et chien-loup ; L’Incroyable voyage ( The Incredible Journey – Sheila Burnford – 1961) entre chiens et chat ; tous adaptés plusieurs fois à l’écran, tous vus tôt ou tard.   Par contre, je cherche encore les adaptations de deux romans lus à l’âge adulte : Maria Chapdelaine (1950 – Marc Allégret -   d’après le chef-d’œuvre éponyme de Louis Hémon publié en 1913) et Un homme se penche sur son passé (1958 – de Willy Rozier – d’après le prix Goncourt 1928 de Maurice Constantin-Weyer ). Vos tuyaux sont les bienvenus.   À propos de tuyaux, j’étais au Musée Louis Hémon à Péribonka en 2009. Mon fils, moi-même et notre hôte...

La Corée à la curée

Dans mon excellent article Avec les yeux de Le Clézio, je m’étonnais un tantinet et à tort que le grand auteur entrevoit en Corée le nouveau souffle du septième art. Nous étions à l’entrée du XXI ème siècle. Certes, il y a bien eu une nouvelle vague coréenne menée par Im Kwon-taek à la fin des années 90, un essor vigoureux comparable à ceux du cinéma allemand des années 20 ou de l’Italie et du Japon d’après-guerre. Oui, il existe une inventivité et une esthétique propres aux films coréens. Mais dans la profusion des films, et dans un pays encore écartelé, nombreuses sont les œuvres marquées au fer d’un passé toujours présent (c’est pas beau ça ? on dirait du de Gaulle). Le cinéma sud-coréen se laisse souvent tenter par un ton propagandiste et une violence extrême. Les films de guerre suppurent un héroïsme sanguinolent, amphigourique et masochiste et des relents de déchirure fratricide implacablement cornélienne. Et les thrillers débordent tout autant d’hémoglobine. En g...

Utopie ? Ah ? Tant pis…

Il y quelques années, pour compenser certaines frustrations, j’ai suivi des cours de documentariste à Skurup. Avec mes camarades de classe, nous sommes allés à Stockholm assister au festival du documentaire Tempofestivalen , en mars 2014. Nous allons donc parler du genre tant négligé du film documentaire où pourtant créativité et curiosité se prennent par la main ou se la mettent au panier, se sourient comme des amoureuses et font de grandes choses. Depuis La Sortie des usines Lumière (Louis Lumière - 1895) et Nanouk l’Esquimau (Flaherty - 1922) il y a eu toutes sortes de docus. De grands réalisateurs, comme Huston et Capra, ont commencé leur carrière par le documentaire tandis que d’autres, comme Ivens ou Wiseman, y ont consacré la leur. Le thème du festival de l’année est l’Utopie, comprise à la suédoise, c'est-à-dire par des gens peu sensibles à l’origine et la signification des mots. Les organisateurs du festival vous expliquent très sérieusement que nous avons tous...