Utopie ? Ah ? Tant pis…


Il y quelques années, pour compenser certaines frustrations, j’ai suivi des cours de documentariste à Skurup. Avec mes camarades de classe, nous sommes allés à Stockholm assister au festival du documentaire Tempofestivalen, en mars 2014. Nous allons donc parler du genre tant négligé du film documentaire où pourtant créativité et curiosité se prennent par la main ou se la mettent au panier, se sourient comme des amoureuses et font de grandes choses. Depuis La Sortie des usines Lumière (Louis Lumière - 1895) et Nanouk l’Esquimau (Flaherty - 1922) il y a eu toutes sortes de docus. De grands réalisateurs, comme Huston et Capra, ont commencé leur carrière par le documentaire tandis que d’autres, comme Ivens ou Wiseman, y ont consacré la leur.



Le thème du festival de l’année est l’Utopie, comprise à la suédoise, c'est-à-dire par des gens peu sensibles à l’origine et la signification des mots. Les organisateurs du festival vous expliquent très sérieusement que nous avons tous des utopies, c’est-à-dire des rêves (drömmar) et des désirs (önskemål) que nous voudrions réaliser. Et hop ! On imprime le vocable de Thomas More sur deux mille sacs. Et pendant une semaine, les spectateurs se promènent dans Södermalm avec ce mot en bandoulière, traître à leurs désirs. Au pays où les bévues de l’ignorance passent inaperçues, une utopie c’est aussi bien un souhait. C’est peut-être devenu comme ça en France aussi…

Laissez-moi vous guider à Södermalm, une des îles qui forment la capitale suédoise, grande comme nos Ve et VIe arrondissements mais moins belle et moins riche, bien sûr. Et de là, nous irons partout dans le monde, de la Suisse au Brésil, de Moscou à Hollywood et de la Polestine à la Palynésie ou quelque chose comme ça.

Ce festival créé en 2000 est devenu le plus grand de Scandinavie, rattrapé depuis peu par Nordisk Panorama à Malmö. Les cinémas Rio et Victoria, sur Södermalm, en sont les principaux théâtres. Ils méritent une visite rien que pour eux-mêmes, tout comme Spegeln à Malmö ou Hagabio à Göteborg. J’adore ces endroits ou le feutre rouge se marie aux colonnes art-déco, qui mélangent culture et vie nocturne ; où, en sortant d’un vieux noir et blanc, on peut se vautrer dans les réplétions de fauteuils d’aspects divers et bavarder autour d’une table posée là pour accueillir un plat végétarien ou un chaï écologique.



Mais d’abord, la cérémonie d’inauguration du festival à Folkoperan et le chef d’œuvre avec lequel la réalisatrice va faire le tour du pays et avec lequel on a choisi d’ouvrir Tempofestivalen . Cela surprend car Freak Out, le documentaire sur une communauté égalitaire, était tout trouvé pour inaugurer un festival dont le thème est l’utopie.

Att skiljas. « Se séparer » de Karin Ekberg. Cela sent le népotisme. Pendant un an, Ekberg filme les différentes étapes de la séparation de ses parents après 38 ans de mariage. Le résultat est tragenticomique, gentiment tragi-comique, un petit drame bourgeois qui fait beaucoup rire le public féminin que le Chianti de la cérémonie d’ouverture a rendu pompette. Papa se prête volontiers à l’exercice et endosse le rôle du mari réticent qui chicane à tout propos, rechigne à partager certaines affaires mais voudrait partager un dernier repas en famille. Maman décide de jeter sa robe de mariée, ce qui suscite les rires complices de la gente féminine car quoi de plus osé que ce geste symbolique et libérateur, ma bonne dame ? L’histoire est pour le moins conventionnelle, à tel point que la mère comme le père trouvent un nouveau conjoint dans l’année. Est-ce là l’occasion de faire un nouveau documentaire sur deux nouvelles séparations qui feront sourire un public de connaisseurs ? Car en somme, toute histoire d’amour, courte ou longue, contient cette dimension tellement passionnante de la souffrance de nos nombrils. En faire la glose nous fait aussitôt sourire d’un air entendu. Et nous fait du même coup grogner de plaisir dans le « nous sommes tous pareils » comme des cochons dans une auge. L’humour d’Ekberg est cucul, c’est-à-dire qu’il tourne parfaitement le dos à l’originalité et cimente à grands coups de truelle la cohésion sociale. Désolé les filles, mais les Blanche Gardin sont rares, surtout dans le Nord de l’Europe. Revoir plutôt une fiction comme l’excellent Les Sentiments (2003). Si Noémie Lvovsky est une femme, elle n’a pas pour autant l’humour crétin des buveuses de Chianti.



Freak Out. Carl Javér. Titre un peu bébête pour un film excellent, montré par Arte en janvier dernier sous le nom de la communauté et du lieu : Monte Verità. L’histoire est racontée en films d’archive et en images partiellement animées - comme dans les mangas à petit budget, mais de façon bien plus artistique, où les cheveux qui flottent au vent résument le mouvement. Avec la voix de la Danoise Iben Hjejle (Mifune (1999) / High Fidelity (2000)). À voir absolument pour découvrir cet étonnant épisode du flower power avant la fleur. Nous sommes en 1900 : six jeunes personnes de la classe aisée austro-hongroise et belge achètent un terrain dans le sud de la Suisse et fondent une communauté pacifique, végétarienne et dévolue à l’amour libre. On suit les péripéties de la création jusqu’au déclin, vingt-cinq ans de fraternité, de divergences, d’histoires d’amour, de scissions, de difficultés financières. Une multitude de personnages illustres y séjourne. Citons Hermann Hesse, vous savez, l’écrivain new-age, Duncan la danseuse dévêtue, Bakounine, anarchiste comme seul un vrai Slave peut l’être et Otto Gross, psychanalyste comme seul un Teuton sait l’être. Ce dernier occupe une bonne part du documentaire, probablement parce qu’il fut le grand promoteur de l’amour libre. Jung et lui s’analysent mutuellement. Gross mourra dans l’alcool et la misère. Un des couples fondateurs fuit le lieu devenu trop à la mode après la guerre. Il fonde une nouvelle communauté au Brésil. Un superbe morceau d’histoire où l’on se perd parfois. Le réalisateur aurait pu diviser son récit en périodes bien distinctes : fondation, guerre, déclin… Pour quelques doses d’humour acide dans les cercles alternatifs, ne ratez pas Wanderlust (Wain – 2012), avec Aniston et Rudd en couple égaré chez les allumés ; et surtout l’énorme et corrosif The New age (Tolkin – 1994) dans lequel Judy Davis et Peter Weller, bobos ruinés, s’essayent à l’amour libre. Puis passez une semaine ou deux à L’Espace des possibles (Charente) ou à Ängsbacka (Värmland) ou, encore mieux, dans un rassemblement Rainbow. On en reparlera.



Stop the Pounding Heart. Le plus authentique de tous les films projetés. Il obtient le prix Stefan Jarl. Une jeune fille dans le milieu des Red Necks du Sud des États-Unis. Une famille nombreuse, très religieuse ; quelques chèvres pour fabriquer et vendre du fromage ; des voisins avec lesquels on fait du rodéo sur le dos d’un taureau, le dimanche après la prière, ou du tir au fusil mitrailleur. Le réalisateur filme la jeune fille de très près. Il n’y a jamais de musique, seulement la musique intérieure de cette fille dont le cœur bat peut-être pour autre chose que ce Dieu qu’on lui impose, peut-être pour quelqu’un d’autre que celui à qui on la destine. Un film d’une grande humanité, d’une grande modestie, si bien que l’on trouve dame poésie au milieu du crottin et des bouses, des beuglements et des pétarades.



Bikes vs Cars. Le work in progress de Gerttén, le réalisateur malmöite de Bananas (2009). Il montre 4 rushes, chacun tourné dans une ville différente : Los Angeles où existait une cycloroute de 30 km entre la ville et Pasadena dans les années 20 et où les constructeurs automobiles ont petit à petit éliminé les transports en commun ; Sao Paolo où de rares cyclistes risquent leur vie ; Copenhague où 40 % de la population se déplace à vélo quotidiennement or cela irrite fort le chauffeur de taxi qui commente le film ; et enfin Toronto où le maire prévoit de supprimer les pistes cyclables et d’interdire les vélos. J’étais à Toronto en 2009. J’y ai fait du vélo avec mon fils. L’endroit est parfait, grands espaces, rues larges, parcs, berges. Un cycliste est mort récemment ; selon le manitou alcoolique de la mairie, c’est normal, « faire du vélo en ville c’est comme nager avec les requins ». Ce génie de la formule (formule 1 ?) oublie qu’on ne supprime pas la baignade, on la protège. Et qu’on extermine de grandes quantités de requins chaque année. Bref, il reste à nos petites reines, nos vaillants mollets et nos culs meurtris un long chemin pavé de bêtise. Bonne chance Gerttén.



Viva Cuba libre. Jesse Acevedo. Les rappeurs Los Aldeanos chantent l’oppression castriste et la lutte pour la liberté d’expression, de ville en ville, dans des concerts underground, parfois interrompus par l’administration. Le réalisateur filme les tournées, les problèmes familiaux, les tracasseries de la police. En tout cas, los Aldeanos chantent. Et tandis qu’on s’indigne de la bêtise des autorités, on sent l’agonie inéluctable de ce régime autoritaire, bientôt renversé par la culture globale et la liberté illusoire qu’elle distribue généreusement. Mais ça, les Aldeanos n’en sont pas encore conscients. Ils scandent leurs messages râpeux. Dame, dame todo el power, gimme gimme todo el poder, comme disait le groupe mexicain Molotov. Chinga tu madre, puto bavoso ! Ça c’était de la musique, du Red Hot Chili Peppers à la mariachi. Revoir plutôt Fresas y chocolate (Gutiérrez-Tabío – 1993), des gays à La Havanne.



Vive la France. Titti Johnson et Helgi Felixson. Un film sur les conséquences des quelque 200 essais nucléaires français, atmosphériques et souterrains, en Polynésie entre 1966 et 1995. Sur les atolls proches de Mururoa, les déficiences physiques des nouveau-nés et les cancers chez l’adulte sont monnaie courante. Deux menaces supplémentaires pèsent sur nos amis aux thyroïdes martyrisées : le massif corallien et les frondaisons de Mururoa risquent de s’effondrer, provoquant ainsi un tsunami colossal ; en outre, les déchets radioactifs enterrés sur place par l’armée ont déjà commencé à contaminer les eaux du Pacifique. Les voisins auront sûrement droit à un tsunami radioactif, Fukushima à l’envers. Toutefois, il ne faut pas se laisser aller au défaitisme. Comme on estime à 250 000 ans la période d’activité des déchets radioactifs, il est raisonnable de penser que d’ici là l’homme aura réussi à s’adapter. S’il ne marche pas sur trois jambes, il aura du moins deux pénis qui lui permettront cette double pénétration longtemps convoitée par sa femelle. Mais bon, De Gaulle, que l’on voit rassurer les foules à Tahiti au début des années soixante, ne dit rien de cette double pénétration pourtant déjà pratiquée sur les Polynésiens à l’époque, puisqu’on leur taxait leurs noix de coco en échange de nos radiations. Ce film explique et dénonce, sans fanatisme ni illusions. Il sera montré sur Arte France qui a contribué à le produire. On estime à 2000 le nombre des tests nucléaires effectués dans le monde depuis l’invention de la bombe. Paf ! Boum ! Badaboum ! Revoir Dr Strangelove (Kubrick – 1964) et Malevil (De  Chalonge – 1981) et bien sûr The China Syndrome (1979 – James Bridges) avec Lemmon.



New Doc Block. Une série de courts-métrages de 15 minutes, le rescapé d’un crash aérien, un comédien ougandais exilé, un couple sexagénaire pilotant des avions, les réflexions d’une mère sur son enfant mort-né, un conte satyrique sur la veuve d’un pasteur… Les Nordiques sont fortiches. Si les mots grecs et la philosophie ne sont pas leur fort, ils se servent de l’image avec talent.



Jag stannar tiden. « J’arrête le temps » de Gunilla Bresky. Prix du festival. Un documentaire russe de 2009, intitulé L’Homme qui arrêtait le temps raconte toute la carrière de Mikosha, des expéditions arctiques jusqu’aux défilés de la Place Rouge. Bresky, elle, a mis la main sur le journal du cameraman russe et nous fait partager ses pensées et ses films sur la seconde guerre mondiale. Cela a pris 6 ans à Bresky et ses collaborateurs pour rechercher et assembler ces images. SVT fait payer 50 000 SEK la minute commencée ; la BBC plus raisonnable fait payer à la seconde. Cela coûtait moins cher de faire des allers-retours en Russie pour fouiller les archives. C’est la voix sublime de Jonas Karlsson qui égrène les pensées de ce témoin du siècle. Vladislav Mikosha est enrôlé dans les fusiliers marins, redoutés des Allemands qui les appellent la mort noire. Il filme les affrontements en Crimée et à Stalingrad. On voit un soldat frappé par un éclat s’affaler sur le sol comme s’il s’endormait d’un seul coup. Par la suite Mikosha est envoyé à Londres puis à New-York d’où il rejoint Los Angeles. Depuis la victoire de Stalingrad, les Russes ont acquis une énorme popularité. Mikosha est fêté par tous et fait la connaissance d’Ingrid Bergman et de Lamar. Chaplin lui montre The Great Dictator. Mikosha rit de la ressemblance avec Hitler mais il est aussi confus de celle qu’il découvre, grâce à ce film, entre Hitler et Staline son idole. Les images d’archive ont été retravaillées. Elles ont une souplesse et un lissé tout nouveau. Mikosha n’arrête pas le temps davantage qu’un autre capteur d’images mais il nous arrête, nous les spectateurs. Revoir le film russe Come and See (Idi i smotri – 1985 – Elem Klimov) bouleversant.



My Love Awaits Me By the Sea. Un documentaire très poétique sur quelques Palestiniens à différents endroits du Moyen-Orient. J’ai rencontré la réalisatrice le lendemain. Je n’ai pas osé lui dire que je m’étais endormi dès le début : mon fauteuil était très confortable. Je me suis réveillé dans un sursaut sur l’image éblouissante de cette jeune mère de la bande de Gaza ou de Jérusalem. Belle comme une fée, de longs cheveux noirs un peu ondulés, une voix et un sourire doux comme du miel. Je n’ai pas pu, dans un bâillement, faire attention à ce qu’elle disait, et je n’ai pour ainsi dire rien compris au film qui sautait de personnage en personnage. Cependant, je recommande aux paresseux dans mon genre une deuxième lecture.



The Missing Picture. Une production française. L’ère des Khmers rouges, de 1975 jusqu’à l’invasion par les forces vietnamiennes, racontée avec des figurines de bois et quelques images d’archive. Le film est original, profond, autocritique mais la voix off, morne et geignarde, finit par indisposer un public déjà durement éprouvé par l’horreur du récit. Il y a ceux, comme moi, qui avaient quinze ans quand ils regardaient ces gens au ventre gonflé mourir de faim en noir et blanc sur l’écran de télé de leurs grands-parents. Je me rappelle le goût de la tome de Savoie accompagné de ces images. Ça ne me coupait pas l’appétit. La télé n’éveille pas les consciences, elle les repaît. On se souviendra de revoir The Killing Fields (1984) de Roland Joffé.



Salma. Une Indienne musulmane, enfermée dans une chambre pendant des années parce qu’elle refusait de se marier. Elle s’échappe, conquiert la gloire comme poétesse, revient au village et se fait élire à la mairie. Passage en revue de tous les préjugés de ces braves gens. La réalisatrice est une pointure mais le film ne m’a rien fait. J’aurais préféré revoir le magnifique Fire de Deepa Metha. 



The Unknown Known. Errol Morris revient avec un documentaire sur un ancien secrétaire américain à la défense. Il y a dix ans, c’était McNamara dans The Fog of War. Aujourd’hui c’est Rumsfeld. Tandis que le premier tirait les leçons amères mais utiles de la crise cubaine et d’une guerre perdue, le deuxième fait ses relations publiques ; et si Morris arrive à le piéger deux ou trois fois dans ses contradictions, le bonhomme ne dit rien qui puisse nuire aux équipes encore en place ou nourrissant encore quelque ambition. L’Irak, Guantanamo, l’Afghanistan, c’est du bon, c’est du lourd. L’ancien secrétaire à la défense de Reagan arrive même à verser une petite larme sur un soldat mort au front, dont il se fiche certainement. Rumsfeld a publié 20 000 mémos pendant ses années au Pentagone. Le titre est tiré de l’un d’eux. Rumsfeld le lit à haute voix : There are things we know we know, there are things we know we don’t know and there are things we don’t know we know. Ce vieux bon sens africain recyclé par tous les VIP d’occident finit par lui monter à la tête ; il ne sait plus ce qu’il a voulu dire, il croit qu’il s’est trompé, qu’il a voulu dire les choses que nous ne savons pas que nous ne savons pas… The Fog of War nous livrait les réflexions d’un sage, McNamara. The Unknown Known nous expose la rhétorique maladroite d’un probable coquin. Ce n’est pas un homme sincère qui est assis là en face de la caméra. Mais on ne perdra rien à écouter un supot du pouvoir global. Revoir Three Kings (O’ Russell – 2006), The Ides of March (Clooney – 2011), Wag the Dog (Levinson – 1997), All the President’s Men (Pakula – 1976), The Mandchourian Candidate (Demme en 2004, pas Frankenheimer en 1962) et surtout Advise & Consent (Preminger – 1962).



The Fog of war (2003) Errol Morris. Musique de Philip Grass. Documentaire sur McNamara ministre de la défense sous Kennedy et Johnson et les onze principes que lui ont inspiré ses sept années de service (Cuba, Viêt-Nam). L’empathie est un de ces principes. Il avait compris que Khrouchtchev devait pouvoir déclarer au parti : j’ai sauvé Castro. En revanche il n’a pas compris que les Viets luttaient pour leur indépendance et non pour le communisme.



Trespassing Bergman. Jane Magnusson et Hynel Pallas. Si vous êtes un fan de Bergman, ce film ne vous apprendra rien. Il y a tant de gens pour parler du fameux réalisateur qui n’ont jamais vu ses films ou qui, ayant vu deux ou trois d’entre eux, se croient capables d’apprécier l’œuvre entière, que cela agace. C’est le cas de Magnusson et Pallas dont l’intervention en fin de projection était bien pauvre. Cela dit, le film n’a pas la prétention de nous faire découvrir l’œuvre. C’est un résumé au pas de charge ou plutôt à l’allure d’un troupeau de metteurs en scène de premier ordre venus à Fårö, dans la résidence du grand homme, payer un hommage bavard à ce dernier. Scorcese se tient les côtes en pensant à Persona. Coppola dégoise. Inarritú s’interroge sur des dates inscrites de la main du maître sur une porte. Hanneke découvre un de ses propres films, La Pianiste, dans l’énorme vidéothèque VHS du défunt ; Thomas Andersson, lui, y trouve Emmanuelle ! Claire Denis, prise d’angoisse, doit fuir le lieu. Zang Yimou fait une analyse du personnage, peut-être bien traduite, on ne sait pas. Tous s’extasient sur Harriet Andersson dans Sommaren med Monika, tout comme Jean-Pierre Léaud devant l’affiche du film dans Les 400 coups, cinquante ans plus tôt. Le plus Bergmanien de tous, Allen, n’a droit qu’à quelques mots. Il n’a pas fait le pèlerinage, pas plus que Isabella Rossellini ou Lars Von Trier. C’est d’ailleurs ce dernier qui nous confesse les pensées les plus cocasses et les plus vraies sur sa perception du maître, selon lui grand onaniste ! Et homme terriblement seul et torturé puisqu’il est allé s’enterrer à Fårö. Trier n’a jamais pu rencontrer Bergman et tous ses courriers d’admirateur sont à jamais restés sans réponse. Il est ulcéré par le fait que Winterberg (Festen - 1999), son compatriote Dogma, qui n’a vu que Fanny et Alexandre - selon Trier le plus vulgarisant des films de Bergman - ait eu la chance de s’entretenir pendant une heure avec le réalisateur. Mais lui, rien ! Trier provoque comme d’habitude. J’aime bien ça chez lui. Il va même jusqu’à se faire virer de Cannes pour une plaisanterie… de mauvais goût ? La fracture éternelle entre l’épice et l’insipide. Revoir Djävulens öga (1960) et Smulltronstället (1957). Et quelque 50 autres œuvres ?



En fin de festival, il est de bon goût de remercier qui de droit. Alors merci à Cioran, Massenet, Marc-Aurèle et Joséphine Baker. Et Nils Horner, journaliste de la radio suédoise, abattu à Kaboul récemment. Et je me promets d’aller voir La Vie réelle d’Arnaud Gerber : les réflexions de Simone Weil sur une année,1934, passée aux usines Renault pour vivre le quotidien de l’ouvrier. On étudiait ça à l’école mais j’ai raté ce docu plein de promesses.

Je salue Björn et Anders, deux Suédois grands amateurs de cinéma, timides et discrets, que j’ai accompagnés pendant le festival. Nous étions codétenus dans la prison de Långholmen, convertie en auberge de jeunesse. J’embrasse mon vieux pote Anders qui habite depuis quelques mois avec Alexandra sur Södermalm, à 500 m de la prison. Nous sommes allés tous ensemble manger une honnête choucroute chez Soldaten Cveik, le brave soldat Chveik, un de mes romans préférés, mais aussi une brasserie (hospeda) où la température ne descend pas au-dessous de 250C. On trouve d’ailleurs une brasserie du même nom à Copenhague, près du parc de Frederiksberg.

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