Arcady de supermarché


Ce que le jour doit à la nuit (2012) Ces titres dont le lyrisme le dispute à l’opacité – genre Les piafs se cachent pour clamser, On achève bien les canassons ou La merguez sonne toujours deux fois – portent en eux une dose létale de romantisme ébouriffé. On s’attend au pire et on est rarement déçus. Alexandre Arcady signe une longue, longue saga romantique dans le décor colonial, sur le modèle d’Indochine (1992 – Wargnier) mais dans l’Algérie des années 50, parmi les juifs, les pieds noirs, les juifs pieds noirs, les caracoles (Espagnols immigrés), Arabes du cru, Français de métropole et métis de toutes sortes. Une saga avec violons et piano, et la problématique un peu XIXe siècle « comme j’ai baisé ta mère et qu’elle m’a fait jurer de renoncer à toi sinon elle te dirait tout, j’ai toujours refusé tes avances et tu t’es marié à un de mes potes que tu n’aimes pas et moi tout ce temps-là je t’ai aimée ». Pour tout dire anachronique. Et on tient 150 minutes à ce régime ; c’est assez distrayant, ça ferait une bonne série télévisée pour pleurnicheuses. Il y a aussi le déballage universel des convictions divergentes et des ressentiments injustes et éternels ; on ne connaissait pas le Oponopono ni les accords toltèques dans les années 50. Bon, citons cette réplique d’une maman qui envoie son fils reconnaissant étudier à Oran.

-         Tu es notre fils, c’est à nous de te remercier.

J’aurais bien aimé que mes parents me payent des études et me disent un truc pareil. Le Oponopono et la cérémonie toltèque du pardon, là aussi, sont arrivés trop tard. Notons l’épigramme de Yasmina Khadra au générique de fin : « celui qui passe à côté de la plus belle histoire de sa vie n’aura que l’âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme ». Tenez compte de cet avertissement en allant voir deux histoires d’hommes, bien plus belles, dans l’Algérie en guerre : Des hommes et des dieux (2010 - Beauvois) et Loin des hommes (2014 - Oelhoffen). Ça vous évitera des regrets éternels et des soupirs sans fin.

Dans le caddy d’Arcady, trente ans plus tôt, on trouvait Le Grand pardon (1982), une sorte de The Godfather (1972) à la marseillaise. On est loin du film de Coppola même si celui-ci est surestimé. Roger Hanin en chef de famille juif pied-noir est le seul personnage convaincant de cette saga confuse. Borhinger incarne un tueur pas très malin - il se fait descendre en dansant le flamenco comme un sabot ; Giraudeau un malfrat homosexuel aux manigances obscures ; Berry un fils de famille à la psychologie incertaine ; Darmon un arabophobe naïf ; Bacri un arnaqueur irascible (ça ne lui va pas du tout) et maladroit dans ses embrouilles. Trintignant est un commissaire que l’on découvre obsessionnel à la fin du film ; il eut fallu lui donner plus de place. Arcady a sans doute écrit son scénar en dansant le flamenco. Pas d’arguties chez Arcady. Le succès de ce film est à mette sur le compte du public néophyte, comme moi qui n’avait que 22 ans. Impardonnable jeunesse.

Pour l’anecdote : Arcady fut menacé pendant le tournage par les frères Zemmour, de véritables truands juifs pieds noirs. Un dénommé Bacri (Roger, pas Jean-Pierre) faisait partie de leur gang avant de faire sécession, rallier les Lyonnais, former le « Gang des Siciliens » et entamer une guerre qui fera une trentaine morts. Ce Bacri-là était irascible.   

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