Mikkelsen et mes caleçons


Voici une prouesse allitérative dont je ne suis pas peu fier, même si je n’ai pas encore trouvé comment faire le lien entre mes slips et le célèbre acteur danois.

Commençons par jeter un regard distrait aux deux derniers films de Mads dont les titres, Arctic et Polar suggèrent une parenté, néanmoins démentie dans les faits.

Polar (2019 – tout frais, c’est l’cas d’le dire), film produit par Netflix, tourné par le Suédois Jonas Åkerlund, auteur de clips vidéos à tire larigot, notamment pour Rammstein, est « inspiré » d’une bande dessinée récente dont je tairai le nom, ça m’évitera de faire des recherches inutiles. « Inspiré » entre guillemets parce qu’en guise d’inspiration, c’est plutôt un dernier souffle. On trouve une vague similitude avec les couleurs contrastées de Dick Tracy (1990 – Warren Beaty), les délires vengeurs de Kill Bill (2003 – Tarantino), les fusillades vidéos de John Wick (2014 – je sais plus qui) et une chouille pince sans rire scandinave façon Kraftidioten (2014 – Hans Petter Molland) mais on n’y décèle aucun talent. Un tueur à gage, Black Kaiser / Mads Mikkelsen devient la cible de l’organisation qui l’emploie. On assiste en bâillant à la mort violente d’une bonne centaine d’individus et à des scènes de torture dont le sadisme n’est destiné qu’à stimuler le spectateur bientôt ivre de vengeance. Soit, on ouvre un œil concupiscent sur les fesses de Ruby O. Fee dans de bien fugitives chorégraphies, pour le refermer dare-dare. Le titre évoque sans doute les frimas du Michigan en hiver – on trouve par là une vraie ressemblance avec Kraftidioten et son remake Cold Pursuit (2019) dans le Montana – et n’a certes rien à voir avec son homonyme, c’est-à-dire un bon vieux polar à la française.

Arctic (2018) de Joe Penna, un paulistain (habitant de Sao Paulo, voyez-vous) qui s’est fait connaître sur YouTube, propose une histoire de survie dans les neiges du Pôle Nord. Mikkelsen se nourrit des poissons qu’il pêche dans des trous creusés dans la glace et dort à l’abri dans la carcasse de son avion. Saint-Exupéry dans un désert blanc. Le Petit Prince vient sous l’apparence d’une jeune femme, victime d’un accident d’hélicoptère à proximité du campement de Mikkelsen (c’est un véritable triangle des Bermudes). Compagnie inespérée pour un vieil ours solitaire malgré lui, mais la jeune femme est peu loquace puisqu’elle restera dans le coma jusqu’à la fin de l’épopée. Si le film n’est pas bavard, et pour cause, il nous assène une musique à la Tangerine Dream du début jusqu’à la fin, nous empêchant de goûter les bruits de la nature et, plus grave, de sentir la menace que fait peser sur l’humain l’absence d’humains. En revanche Mikkelsen est remarquable, il lutte, il souffre, il pleure, il est tour à tour déterminé, terrorisé, désespéré, résigné et toujours on y croit, toujours on l’accompagne. Mais Mads rejoindra le clan des survivants de ces dernières années - Robert Redford sur son voilier dans All is Lost (2013 – JC Chandor), Daniel Radcliffe dans sa forêt andine (Jungle - 2017 - Greg McLean) -  sans pouvoir survivre à l’oubli comme le fait encore Emile Hirsh depuis Into the Wild (2007 – Sean Penn), peut-être justement parce que lui ne survit pas dans le film. 

Pour découvrir le vrai talent de Mads, je ne citerai que trois films de trois réalisateurs danois jouissant aujourd’hui d’une renommée internationale : Pusher II (2004 - Refn) Efter Bryllupet (2006 – Bier) Jagten (2012 - Vinterberg), en dealer humilié par son père, en père de substitution qui se découvre père biologique et en employé de maternelle accusé à tort de pédophilie. Trois excellentes bobines.

J’ai filmé deux fois Mads Mikkelsen sur la Croisette en 2013. Il était venu présenter Michael Kohlhaas (2013 - Arnaud des Pallières) un remake plutôt médiocre du film de Volker Schlöndorff. La première fois, j’ai été débordé par une troupe de groupies hystériques, j’ai cru qu’elles allaient m’arracher mon caleçon mais c’était celui de Mads qu’elles convoitaient. J’ai raté ma mise au point.

La seconde fois, le lendemain, c’était la nuit. Il sortait d’une projection. On a échangé quelques mots pendant que je le filmais. Mais j’avais attendu si longtemps que j’en ai presque pissé dans mon caleçon ; et en plus j’ai oublié de mettre la lumière sur ma caméra. J’ai des preuves : outre les bouts de film que je vais mettre en ligne, il y a mes deux caleçons.

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