Immigrés sans simagrées


En ces temps de résurgence xénophobe, d’érection murales, de slogans isolationnistes, de retour au « ils ne font pas de mal mais dans le bus le matin, ils ne parlent pas la même langue que moi et du coup je ne me sens plus chez moi » (une psychologue suédoise citée par un journaliste du Monde, on a peine à y croire), laissez-moi vous présenter à vol de piaf, une série de films sur des métèques en tous genres. D’abord trois films gentillets :



La cage dorée (2013) de Ruben Alves. Le poncif urbain de la concierge et du maçon portugais replacé dans le cadre rutilant du happy end. Un couple portugais, travailleur et toujours prêt à rendre service, hérite d’un vignoble au pays. Péripéties pour quitter un endroit où l’on s’est bien intégré. Avec De Almeida en personne et Rita Blanco, tous les deux parfaits. Même les seconds rôles, Giraud, Croisille (hé oui) et les morues portos font un beau travail. Les clichés, fondement du film, sont parfois astucieusement recyclés. Il y a un ou deux moments un tantinet dramatiques, presque poignants et même un ou deux thèmes de réflexion. Hugo Gélin, neveu de mon ancien camarade d’internat Manuel Gélin, fils du célèbre Daniel (je ne rate pas une occasion de me vanter) est de la partie pour le scénario. Il y a d’ailleurs un plan assez long où l’on voit l’affiche de son court-métrage À l’abri des regards indiscrets… La cage dorée est sorti en Allemagne sous le titre Portugal mon amour – clin d’œil à Duras et Resnais - volontairement français et finalement mieux adapté à la légèreté du propos. La loge de la famille Ribeiro n’est ni dorée ni misérable, pas plus que la cage d’ascenseur de leur immeuble.

Puisque vous êtes devant l’ascenseur, prenez de la hauteur en appuyant sur le 6 et voyez Les femmes du 6ème étage (2010 – Philippe Le Gay). Le contexte historique et social du film manque à celui d’Alves. Il s’agit là d’immigrées espagnoles dans les années soixante. Lucchini est très cabotin comme à son habitude. Et ce monde bourgeois plein de mansuétude.

Toujours dans le style femme de ménage bien lotie, vous pourrez toujours voler vers la Californie et voir Spanglish (2004 – James L. Brooks), avec la belle Paz Vega dont l’accent et la tenue ne doivent rien à la plèbe du Mexique, Adam Sandler en chef réputé et Tea Leoni, sa femme adultère. La comédie est bonne mais Brooks ne fait aucun effort pour sortir un tant soit peu de son quartier (Beverly Hills ?) de snobinards du nombril. Néanmoins la superbe octogénaire Cloris Leachman (The Last Picture Show – 1971) en belle-mère alcoolique vous marquera pour longtemps.  



Non, si les aspérités du problème de l’immigration dans cette région vous intéressent vraiment – le mur que Trump a promis de construire existe en fait depuis longtemps - il faut au moins voir The Border (1982 – Tony Richardson) avec Nicholsson et Keitel en gardes-frontières ; trafic humain, trafic de bébés, passeurs et flics corrompus prêts à tout.

Le sobre El Norte (1983 – Gregory Nava) vous décrit l’épopée tragique d’un couple guatémaltèque à travers le Mexique, jusqu’à Los Angeles. Je l’avais vu à sa sortie en France.

Le poignant Maria Full of Grace (2004 – de et par Joshua Marston, 36 récompenses) dans lequel la très jeune Catalina Sandino Moreno passe de la coke de Colombie aux États-Unis, dans son ventre.

Enfin, le sous-estimé Crossing Over (2009 – de et par Wayne Kramer. En fait tourné en 2007, il a connu bien des déboires) avec Harrisson Ford. 4 histoires s’entremêlent, qui décrivent les difficultés d’illégaux d’origine diverses, Corée, Bengladesh et même Australie. Chaque histoire reflète un aspect de la problématique et soulève d’incontournables questions morales. Ray Liotta en agent de l’immigration et Alice Eve en illégale, un régal.



Revenez ensuite sur le vieux continent pour pénétrer le cœur du sujet et parfaire votre éducation. Là vous est dépeint le quotidien sordide des immigrés, sans simagrées, et la panoplie des corollaires, dont la condition du Bougnoule, l’organe du Négro et la sueur du Polack. Six excellents films à ne manquer pour rien au (reste du) monde, dans l’ordre chronologique :

La promesse (1996) des frères Dardenne, dans lequel Olivier Gourmet exploite jusqu’à l’os et la mort, des immigrés sans papiers du côté de Liège. Son fils, dans un accès de lucidité, le trahit.

La faute à Voltaire (2000), le premier film de Kechiche. Les déboires et les joies d’un Tunisien clandestin à Paris. Belle évocation du monde des immigrés rejoignant celui des marginaux sociaux en une communauté de cœur. Les péripéties en sont plus optimistes et donc moins spectaculaires que celles décrites dans les bobines ici présentées.

Dirty Pretty Things (2002) de Frears, avec notre Tautou. Le trafic d’organes au détriment des immigrés à Londres. Épouvantable.

It’s a Free World (2007) du couple Loach-Laverty. Réquisitoire contre le libéralisme. Suite à l’accession de la Pologne à l’UE, la main d’œuvre polonaise en GB était énorme. On exploitait le Polac à tour de bras. Suite au Brexit, ça va expulser du Polac à coups de tampon.

Welcome (2009) Philippe Lioret évoque « la jungle », le camp des illégaux à Calais et la répression envers ceux qui veulent les aider. Vincent Lindon, maître-nageur en instance de divorce, enseigne la natation à un jeune Kurde pour qu’il puisse traverser la manche et rejoindre sa copine.

Biutiful (2010) de Iñárritu avec Bardem. À Barcelone, des Africains trompés, des Chinois immolés et le cancer de Bardem en phase terminale. Crise morale, grand film sombre.  



Quelque chose ne tourne pas rond chez nous.

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