Prêches battus en brèche


Je me suis toujours méfié des prédicateurs de tous poils, en chaire, à la tribune, sur l’estrade : ils ont la langue délièe et la main leste.  

Leap of Faith (1992). Un prêtre ambulant et son équipe organise des grand-messes du miracle. On observe dans les coulisses toutes les combines et la machinerie qui permettent d’abuser les abrutis du Midwest. Finalement, il se produira un vrai miracle et le faux prête Steve Martin trouvera sa rédemption tandis que le film cherchera son sens. Si on exclut les messages en filigrane tels que « respectons Dieu et les gens simples », « l’amour et l’espoir sont partout », le film se laisse voir. Mais faire fi de messages mièvres et convenus n’est pas chose aisée pour un spectateur doué de raison. En outre, Steve Martin n’a ni le feu d’un illuminé ni l’ambiguïté d’un charlatan. Il aurait fallu un Robert Duvall, ou bien Seymour Hoffman qui a un petit rôle dans le film mais qui était trop jeune à l’époque, et trop mort maintenant.

S’il y avait un seul film dans le genre évangélisme de foire, ce serait Elmer Gantry (1960) de Richard Brooks avec un Burt Lancaster au mieux de sa carrière. Elmer Gantry est le personnage de Lewis Sinclair, premier Prix Nobel américain de littérature (1930), qui nous a éclairés sur la nature humaine, comme le firent avant lui Antigone, Pangloss ou Jacques le fataliste, et qui a fait de nous des sceptiques. Je me souviens avoir éprouvé une sorte de fascination lorsque je l’ai vu la première fois à l’ORTF sur le poste noir et blanc de mes grands-parents.

Une de ces œuvres édifiantes sur l’appareil social, ce théâtre de marionnettes où les fils (rouges) de la religion font s’agiter des poupées en tous sens. Les dévots et les faux prédicateurs ne sont pas seuls à en prendre pour leur grade. C’est toute la société, ses acteurs et leurs contradictions mis au pilori, la police, les prostituées, les journalistes, les athées… À la fin, le théâtre, en l’occurrence un chapiteau, s’effondre dans les flammes. Qui en réchappe ? Celui qui, déjà plusieurs fois rescapé de la diffamation et de l’opprobre, a survécu à la misère et résisté à tant de vents contraires : Elmer Gantry. Personnage aimable, qui sympathise avec ceux qui le condamnent, qui chante de tout cœur avec les pauvres noirs, qui ne juge pas la prostituée, qui au contraire court à son aide alors même qu’elle vient de détruire son univers à lui. Mieux que Jésus envers Marie-Madeleine. Personnage immense et magnifique, plus authentique que tous ceux, journalistes et hommes d’église, qui l’ont accusé d’escroquerie. Gantry hâbleur et vrai, menteur honnête, bonimencœur…      

Elmer Gantry à un autre charlatan :

- God is my boss, I’m just his messenger boy.

- I’m sure God will be relieved.

Des chefs d’église entre eux :

- We are in competition with the entertainment business.

- What has religion to do with filling churches? Once there were only 13 christians in the entire world. Was christianity a failure? Did God go out of business ?

- Every president of the United States was a mason and a protestant and every session of the Congress opens with a word of the King James version of the bible. And right now, in our enlightened age, a catholic is running for president.

Un journaliste :

- What is revival? Is it a church? Is it a religion? Or is it a circus sideshow completed with freaks, magic and rabble-rousing?

Dans un message affiché avant le générique, Brooks nous prévient qu’il s’agit de la critique des abus du « Revivalism ». On déconseille aux parents de laisser les enfants voir le film. Époque sensible.

Il faut voir également The Apostle (1997) de et avec Robert Duvall. Duvall prête son regard extatique à ce fanatique qui n’a que de bonnes intentions et qui par la puissance de sa foi réussit là où d’autres échouent. La scène d’introduction dans laquelle il donne les derniers sacrements à un accidenté de la route révèle le côté antipathique du personnage. Puis on observe scène après scène que, si la force d’un illuminé se manifeste dans son prêche, il s’y terre une souffrance non moins troublante.  

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