De l’art ou du cochon
Ce serait plutôt le titre d’un article sur
Francis Bacon. Mais après tout, il en va de tous les arts comme du septième, on
est si peu certain de la valeur des œuvres contemporaines qu’on hésite à encenser
ou balancer son porc.
Boogie woogie (2009) Duncan Ward. Comédie noire et corrosive. Le milieu de l’Art
londonien nous est présenté à travers une « galerie » de portraits
interprétés notamment par Stellan Skarsgård, Dany Huston et Gillian Andersson.
Des personnages sans scrupules obsédés par l’argent, la réussite et le sexe, c'est-à-dire
une seule et même chose à l’exclusion de toute autre, y compris l’Art. Si le
film évoque Solondz par son ton acerbe, il n’en a pas l’efficacité, sans doute
parce qu’à exagérer son mépris, on lui retire de sa pertinence. Parfois on touche
juste mais souvent le trait est forcé à la limite du décrochage. Du coup, le
suicide de l’un des protagonistes, révélé à la fin du film, n’a ni la dimension
dramatique ni la brutalité qu’il est censé apporter à la conclusion. En somme,
tous ces personnages sont antipathiques de façon théâtrale. Dany Huston en
directeur de galerie, sorte de vautour homosexuel, est un modèle du genre. À
chacune de ses répliques, il y va d’un petit rire à peine sardonique, soit pour
déguiser ses mauvaises pensées, soit pour les marquer au fer. Skarsgård est un
collectionneur avide dont la fortune escamote la moindre trace d’empathie. Sa
femme jouée par Andersson, est une snobinarde remarquablement bête. Seuls le
vieux Christopher Lee qui refuse de vendre son Mondrian (le titre du film est
celui d’une de ses œuvres) et la jeune Seyfried ont quelque dignité.
Si vous voulez rire du milieu de l’Art, cette fois à New-York et sans vous
faire de mal, voyez (Untitled) (sic pour la parenthèse) de Jonathan
Parker sorti la même année, avec Adam Goldberg (2 Days in Paris – 2007 - fameux) et Marley Shelton. Les personnages
y sont tout aussi névrosés mais plus attachants. Et le milieu commercial de
l’Art moderne y est ridiculisé à souhait.
Cholodenko a fait quelques films mettant un couple de lesbiennes au centre
de l’intrigue, notamment The Kids are all right (2010) excellente
comédie de mœurs avec une fin bien trop lâche. High Art (1998) raconte
une histoire d’amour et de trahison entre Ally Sheedy - elle a obtenu plusieurs
prix d’interprétation pour ce film - et l’Australienne Radha Mitchell, dans le
milieu artistique. Ça chauffe.
Moi qui vous parle, j’ai tenu un Renoir dans mes mains, une croûte à un
million de livres anglaises, dans l’une des trois galeries Richard Green, à Londres.
J’étais vêtu d’un pantalon troué - mon paletot aussi devenait idéal - d’une
chemise kaki aux poches fendues, de godillots militaires et d’un petit sac à
dos. Je me suis vanté de ma collection d’esquisses hollandaises et autres
non-sens. Psychologue et pragmatique, la directrice a tout de suite compris que
derrière mon allure de baroudeur se cachait un mec si riche et raffiné qu’il n’a
plus besoin de donner le change pour faire des acquisitions. On est allé
chercher, pour moi seul, un Gainsborough de 3 mètres de haut, un portrait en
pied à je ne sais plus combien de millions, descendu à grand peine par deux messieurs
gantés. Puis cette femme érudite et distinguée m’a consacré deux heures de son
temps pour une visite privée de la seconde galerie, celle qui fait face à l’enseigne
principale. Parmi les magnifiques marines de Van de Velde, sous des éclairages
qui feraient rougir les conservateurs du Riksmuseum, je me suis souvenu de ma
collection, des milliers de tableaux sous forme de petits rectangles de papiers,
et j’ai demandé à ma guide, médusée : « Vous vendez des cartes postales ? »
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