Cowmédies
Les comédies western sont une denrée rare de nos jours mais elles
furent prisées, jusqu’en URSS ; malheureusement, je n’ai pas retrouvé les comédies
eastern vues par hasard et désœuvrement sur le net. En voici une toutefois :
Friend among strangers, stranger among friends (Svoy sredi chuzhikh,
chuzhoy sredi svoikh - 1974). Ce film qui vous fera perdre deux heures de votre
précieuse existence. Mikhalkov, auteur des très beaux Oblomov (1980), Les Yeux
noirs (1987), Urga (1991)
et Soleil trompeur (1994), a comme
tout grand chef à ses débuts, raté sa soupe. La longueur du titre rappelle d’ailleurs
le nom prétentieux d’un plat nouvelle cuisine. Et le film lui-même,
western-borchtch tout aussi interminable que son titre, évoque par ses
ingrédients le célèbre potage russe : fenouil, betterave, radis noir et
concombre. Et si ce n’était Milkalkov, on prendrait le metteur-en-scène pour un
authentique cornichon russe. C’est donc une soupe froide, un eastern inspiré
des westerns spaghettis, imprégné de pathos slave suppurant des messages
politiques occultes. A-t-on voulu flouer la censure soviétique et du même
coup le public ? Ou bien n’y a-t-il aucun message ? L’univers de la guerre
civile après la révolution est certes complexe. On retrouve les aberrations
visuelles à la Sergio Leone, close-up improbables, gros-plans interminables,
avec toutefois un zest de talent en incubation. Une sorte d’exercice de style
foireux. Je n’ai rien compris à l’histoire, il faut dire que je n’ai fait aucun
effort.
Allons revoir les vieux classiques américains avec l’impayable Bob
Hope, Paleface (1948) et Son of Paleface (1952) avec ma brune
préférée Jane Russell, ainsi que Fancy Pants (1950). Ou encore Cat
Balou (1965) qui a valu un oscar à Lee Marvin. Et prenons pour mauvais
exemple McLintock! (1963) dans lequel John Wayne joue le grand ponte
local. Obéi et respecté de tous sauf de sa femme. Une sorte de Mégère
apprivoisée façon Midwest. Amusant. Tous les clichés y sont : bagarres
pour résoudre les problèmes entre fermiers et cow-boys (orchestrées par des
gens qui n’ont jamais ni donné ni reçu un coup de poing), bagarres entre jeunes
coqs ; icônes de l’indien taciturne, du Mexicain indolent et de l’Asiate
dévoué, tous traités avec paternalisme ; femmes hystériques méritant et
recevant la fessée (là on est presque d’accord), politiciens pas
particulièrement véreux mais en tous cas dignes d’être méprisés ; l’abus
d’alcool comme élément modérateur ou signe de maturité (les roulés boulés dans
l’escalier sont un pied-de-nez à la fragilité du squelette humain), etc.
La même année on retrouve Wayne dans The Comancheros. Point conçu comme une comédie, le film nous semble
si niais qu’on peut en jouir comme tel. Béate époque où on pouvait décocher des
coups de poing sans fracturer ni la mâchoire du récipiendaire ni sa propre main
et où l’on pouvait asséner un coup de pelle sur un crâne sans causer de
commotion cérébrale ; où l’on faisait mouche à cinquante mètres en dégainant
plus vite qu’un épileptique ; où on interrompait un baiser pour déclarer
« ça faisait longtemps que je
voulais faire ça » ; où on appelait un acteur de 45 ans « young man » (Whitman n’a que 33 ans
mais il en fait bien 10 de plus), où un acteur de 53 ans (Wayne à l’époque)
dont la doublure était sans doute en congé, se jetait derrière des sacs de
sable comme s’il allait au lit ; où les Indiens tournaient autour des fusils
ennemis jusqu’à ce qu’on veuille bien s’intéresser à eux et les descendre, où
ils chevauchaient à quelques mètres en tête d’un charriot en attendant qu’une
balle vienne interrompre leur cavalcade ; où l’on ne daignait jamais leur
faire dire plus de deux syllabes en 90 minutes… tout cela vous le trouvez dans
ce western décontracté de Michael Curtiz. L’étude psychologique du guerrier
Comanche y est certes réduite au minimum - Wayne ne dit-il pas à Whitman
« It’s like a rattlesnake. Although you’ve never seen one before, you know it’s a
rattlesnake when you see one » ? On
est très loin du chef d’œuvre mais c’était la béate époque.
Pour la comédie avec cette pointe satirique propre aux esprits lucides,
il faut voir Support Your Local Sheriff! (1969) de Burt Kennedy avec
James Gardner en sheriff nouvellement appointé. Il prévient ses administrés
qu’il ne restera pas longtemps car il est en route pour l’Australie ! Il a
un flegme surhumain qui n’a d’égale que son adresse aux armes. Après avoir tué
un ou deux vilains dans un saloon, il réprimande l’assistance à la façon d’un surveillant
débonnaire. On retrouve ce flegme dans son personnage de Wyatt Earp dans Hour of the Gun (1967 - Sturges) mais
c’est un laconisme menaçant, sans humour, dans ce western anguleux et sans
femmes. Kennedy et Gardner remettront ça deux ans plus tard avec Support
Your Local Gunfighter, presque aussi bon. Moins d’une décennie après
McLintock les clichés ne sont plus les mêmes ou le scénariste a le bon sens de
les éviter.
Et puis vient Mel Brooks avec Blazzing sadles (1974) qui m’amusait
beaucoup dans mon adolescence. Il faudrait que j’essaye à nouveau. Encore plus improbable :
The Villain (1979) avec Kirk Douglas et Schwarzenegger en personne.
Bien sûr, plus près de nous il y a l’inégalable Maverick (1994)
de Richard Donner avec Gibson, Foster et toujours James Gardner (je ne me lasse
pas de sa voix métallique) et Shangaï Noon (2000) qui réunit Jackie Chan
et Wilson et combine à merveille kung-fu, comédie et western. Et puis le récent
A Million Ways to Die in the West (2014) produit, écrit et réalisé par
McFarlane. Avec Neeson et la prodigieuse Charlyse Theron. Comédie correcte, si
on exclut les cacas-pipis destinés au jeune public, emmenée par une musique
digne des westerns des années 50.
Alors, avant de monter en selle, vérifiez que l’on y ait pas mis du
poil à gratter.
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