Coquines cuculs et dévhotes
Le French Porn est paraît-il assez prisé aux États-Unis. On se demande
pourquoi les Américains lui donnent cette épithète : les filles viennent
de l’Est, c’est en tout cas ce que j’ai lu chez Van Caulewaert car moi, je
ne demande pas les passeports, en plus je ne regarde jamais de porno, juré. Nonobstant,
ce n’est point de cela dont je voudrais vous entretenir.
Même hors porno, les Américains disent du cinéma français que c’est
toujours « who fucks who ».
Pourtant il n’y a pas que les grenouilles qui aiment la cuisse ; sur la
côte Est, Woody Allen fait aussi dans le qui-baise-qui, et Spike Lee, quoique
qu’il fait souvent dans le « don’t
fuck with me »… et sur la côte Ouest, il y a Lisa Cholodenko, moins
subtile qu’Allen, moins anguleuse que Lee, moins « racée », plus
grand-public. Les Américains n’y connaissent donc pas grand-chose en
« qui-baise-qui » et les plus instruits apprécieront un air de
Gainsbourg sur les scènes un peu « hot », preuve de bon goût ou
cliché culturel, ou simplement cliché du bon goût culturel. C’est ce que leur
sert Cholodenko dans son film Laurel Canyon (2002). Un jeune couple
coincé de l’Est américain, en fait les deux Anglais Christian Bale (parfait
comme d’habitude) et Kate Beckinsale (silouhette de nymphe), rejoint la côte
Ouest, le quartier de Laurel Canyon à Hollywood, connu pour les frasques du
milieu du Rock & Roll à la grande époque. Ils s’installent chez la mère de
Bale, Frances McDormand (prodigieuse), une bisexuelle du show business, fumeuse
de haschisch, acoquinée à un chanteur de la génération de son fils. Rencontre
du monde sage et timide avec le monde de la luxure, les coincés et les dévoyés,
les dévots et les libertins, thème prisé du cinéma. On s’amuse des
reparties :
Beckinsale : We hadn't planned on a change of plan.
McDormand : It would be sort of paranoid, don’t you think?
McDormand et Nivola :
- Why are you so contrary?
- Because, Babe, you wouldn’t respect me otherwise.
- I love a man who speaks his mind…even if it’s bullshit.
Mouais, même si les dialogues sonnent bien comme ceux des yuppies de LA, si
l’histoire enchaîne les scènes avec aisance et que les acteurs sont diligents
dans leur travail, il y a chez Cholodenko un côté policé comme si elle voulait
arrondir les angles ou bien est-ce une envie de choquer qui s’arrête au niveau
du tiroir-caisse ? Il manque à ce monde de perdition l’érotisme maléfique
de Lynch ou même le souffre de De Palma. On a reproché à Beckinsale son manque
de subtilité dans la transition de son personnage, une jeune femme innocente et
bien élevée, attirée par la débauche. Ce n’est pourtant pas sa faute ; le
récit en est la cause, contraint qu’il est dans les limites de la bienséance
commerciale. Idem les films les plus osés de la metteuse en scène, avec un
couple de lesbiennes au centre de l’intrigue, High Art (1998) et The
Kids are All Right (2010). Ils déçoivent un brin : un crescendo
prometteur transformé en rythme hésitant. Chaud lodenko mais pas chaud devant.
Non, quitte à se laisser décrire l’éveil de l’érotisme et l’appel de la
luxure chez les dévotes – et une fois Sade, Mazoch et Nin consommés – je préfère
encore un film un brin poétique, presque tarte tellement sa symbolique est
simple, mais tellement plus sensuel : Sirens (1994) de l’anglo-australien
John Duigan. Un des films les plus modestes sur ce thème de l’éveil de la femme
adulte et sa fascination croissante pour la liberté du corps, car le mot libertinage
ne conviendrait pas ici. Il met en scène Tara Fitzgerald et son prêtre de mari
Hugues Grant, dépêchés par l’église anglicane jusqu’en Australie pour dissuader
le peintre Norman Lindsay (1879-1969) d’exposer une toile jugée blasphématoire.
Le film est tourné dans l’ancienne propriété du peintre, dans les Blue
Mountains. J’en reparlerai puisqu’il est dans ma liste des 100 bobines
favorites.
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