Comédies romantocs
Les comédies romantiques sont presque toujours des produits conçus pour un
besoin spécifique, selon des normes de fabrication standardisées, tout au moins
de l’autre côté de l’Atlantique. Il s’agit donc rarement de bon cinéma.
Malheureusement, nous subissons en Europe la mauvaise influence de nos cousins
pionniers, sans toutefois y succomber tout à fait. Prenons quelques exemples
français, anglais et un exemple allemand. Si cette lecture vous fatigue, faites
une pause et regardez un de ces films sans le son.
L’Amour dure trois ans (2010). Si le bouquin de Beigbeder m’a fait bâiller, c’est sans doute
parce que l’amour, chez moi, dure trois semaines. Mais son film m’a amusé. Il
s’est fait aider par trois compères pour écrire le scénario. Le personnage
principal tente de se suicider à la suite de son divorce « J’ai vu
toute ma vie défiler…c’était d’un chiant ». Et puis quelques erreurs
de l’écrivain ? « C’est quoi cette envie de pronoms personnels, MA
femme, MON mari… » La grammaire n’est pas son fort. « Sa main
posée sur mon genou avait la consistance d’un gant mappa », la
texture ? En tous cas, Gaspard Proust et Louise Bourgin fonctionnent
parfaitement ensemble. Assez original, plutôt vif. Mouais.
Même année : Bus Palladium du fils de Danièle Thomson.
L’histoire des débuts d’un groupe de rock dans les années 80. Pas mal, surtout
la musique de Yarol Poupaud, bon rock aux tonalités Neil Young et Led Zeppelin.
Sednaoui joue un arrache cœur tout à fait crédible, passant de son copain au
copain de son copain pour finir dans les bras d’une star puis revenir vers le
copain du copain quand ce dernier se suicide. Les yeux chafouins et la coiffure
médiévale de l’acteur principal, le Canadien Marc-André Grondin, me rappellent
le petit ami de ma sœur à l’époque que le film dépeint. Pascal. Il est mort il
y a quelques années. Il ne jouait pas de rock celui-là, il était comptable.
C’est lui qui m’a appris à nager pendant une permission. Je n’ai pas été
réformé, contrairement au chanteur du groupe qui fait ses 3 jours – période d’essai
pré-service militaire - comme moi à la même époque (1978), à Blois.
La Délicatesse (2011). Encore une comédie romantique d’un auteur à la mode affublé d’un
nom barbare et qui s’empare de la caméra : Foenkinos. Tautou joue une
jeune femme simple et directe dont le mari décède. Elle est courtisée par son
patron auquel elle préfère un collègue suédois interprété par Damiens. Modeste
dans le ton, amusant parfois, mais le plus souvent tristounet. Le nœud un peu lâche
de la problématique : comment une nana mignonne comme Tautou (bof)
peut-elle tomber amoureuse d’un type à l’allure de chien tondu ? On ne
trouvera pas la réponse dans ce film, si toutefois on se sentait concerné.
Les Gamins (2013) Assez marrant. Chabat est impayable. Malheureusement, comme dans
les comédies romantiques américaines, les obstacles que rencontrent le jeune
couple dans sa relation ne sont là que pour nous démontrer à quel point il est
important de se retrouver et continuer à se faire chier ensemble. Public pop-corn
oblige. Bruel en agent immobilier, son rôle le plus juste. Regardez la première
demi-heure, et puis le générique de fin pour Iggy Pop !
20 Ans d’écart (2013). Mon fils m’a recommandé ce film et je comprends qu’il lui ait plu.
Un jeune rencontre une « vieille », thème classique du cougar. La
comédie est bonne. Berling racontant à son fils qu’à son âge il avait lui aussi
rencontré une femme plus âgée. Elle lui avait tout appris mais il s’était lassé
d’elle et s’était jeté comme un enragé sur une fille de son âge : « C’est
un peu comme si j’avais fait mes gammes dans le classique et que je me lançais
dans le moderne, tu vois ce que je veux dire ». Un scénario moins
culcul que d’habitude, subtil parfois. Bien interprété jusque dans les seconds
rôles. Même la fin, tout en sacrifiant au prototype de la conclusion des
comédies romantocs américaines où les protagonistes se réconcilient devant un
public nombreux, comporte sa petite touche d’originalité. À ce propos, on se
souvient de la fin de Crocodile Dundee (2006) dans le métro de New-york.
Pour moi, la comédie romantique américaine la plus hilarante, ou tout au
moins un modèle du genre, c’est There's Something About Mary des frères
Farelly (1998). Mais je suis là pour vous parler de deux échecs
anglicans :
About Time (2013) de et par Curtis. Avec le fils Gleeson et Bill Nighy. On
prendra plaisir à la première heure de cette comédie, moins conventionnelle que
Love Actually (voir plus bas) mais ça ce n’était pas difficile. Il
s’agit d’une aptitude transmise de père en fils qui permet aux membres
masculins d’une famille de la classe moyenne-supérieure de retourner dans le
passé immédiat pour effectuer quelques modifications salvatrices. Oui, vous
savez bien, on a tous eu envie de revenir à un moment précis pour changer une
réplique, un comportement, un choix qui nous aurait brusquement empêchés de
conquérir l’être aimé ou le travail convoité. J’aurais bien voulu revenir à la
soirée d’hier, fermer convenablement la fenêtre de la cuisine pour qu’elle ne
soit pas emportée par la tempête de cette nuit et économiser ainsi 2000 EUR. Le
film commençait bien avec cet humour britannique pimpant et corrosif. On aimait
ce tournant dramatique où la solitude de la sœur du héros nous était révélée au
milieu du récit. On aurait cependant pu enlever une demi-heure de la fin, toute
cette musique pleurnicharde, pour échapper à l’ornière « comprenez donc, ce qui compte vraiment,
c’est la famille ». Une scène, du reste assez réussie, montre Gleeson
pouvant se taper Margot Robbie ( Wolf
of Wall Street - 2013) mais retournant à McAdams pour lui faire sa
demande en mariage. Ça nous fait
regretter Don Jon (2013 aussi) dans
lequel Gordon-Levitt a déçu le grand public en laissant son personnage tomber
amoureux de Moore, plus âgée et moins belle que Johansson et, en plus, fumeuse
de haschisch. Un tel scénario est rop rare pour ne pas être salué.
Gordon-Levitt n’a pas payé tribut à la morale conçue comme produit de consommation.
Une imitation de morale du reste, comme les fausses Rolex ou les faux Vuitton.
On devrait trainer le cinéma américain en justice pour contrefaçon en série. Et
parce qu’il contamine les productions européennes. Quoiqu’il en soit, dans le
genre « revivre pour modifier »,
About Time ne fait pas le poids avec son aîné de 20 ans Groundhog Day
(1993) et le flegme de Bill Murray. Le gros-plan où il récite un morceau de
poésie française (en fait une chanson de Brel : La
fille que j'aimera Sera comme bon vin
Qui se bonifiera Un peu chaque matin) est souverain. On ne comprend rien à ce qu’il dit mais on se tord. Et
chez la prof de piano chez laquelle il joue si bien :
-
Are you sure it is your first
lesson ?
-
Yes, but my father was a piano
mover.
En ce qui concerne Love Actually (2003 - de et par Richard Curtis, encore lui), revenons 10 ans en
arrière pour voir ce qu’on aurait pu changer pour faire de ce film, sinon
un classique, du moins un anti-navet.
Huit histoires d’amour s’entremêlent. Conte de Noël gnangnan à souhait, le
film a fait le délice des ménagères et des lecteurs de magazines people. Il est
encore cité comme le film préféré des cœurs d’artichaut de mon entourage
féminin. Il est vrai qu’il rassemble la fine fleur de la comédie anglicane.
Pourtant, seuls le rôle et le jeu de Bill Nighi pimentent légèrement ce menu
insipide. Prenons un par un les plats qui le composent :
Collin Firth, que sa femme trompe avec son frère, peut enfin utiliser son
flegme et ses lèvres pincées à bon escient. En outre, il ne craint pas le
cliché latin et tombe amoureux de sa femme de ménage portugaise (Lúcia Moniz,
la pauvre) dans sa maison provençale. On aurait pu en faire un sans-abri, genre
Boudu sauvé des eaux du Tarn, puisqu’on est en Provence. Il aurait été recueilli
par Liam Neeson.
Liam Neeson vient de perdre sa femme et peut faire bon usage de sa tête de
chien battu. En même temps qu’il aide son fils à conquérir le cœur d’une copine
de classe, il rencontre, oh ! miracle, le mannequin Claudia Schiffer, dont
le regard neuneu lui convient à merveille. Schiffer aurait pu jouer le rôle de
la femme de ménage portugaise de Neeson. Parfaitement, Theron a bien pris les
traits difformes de l’héroïne de l’excellent Monster, la même année. Shiffer
serait tombée amoureuse de Firth-Boudu en lui essuyant les organes.
Emma Thompson, mère de famille trompée ou presque par son mari, peut faire
bon usage de sa faculté à
souffrir-sans-que-ça-se-voit-mais-que-ça-se-sente-quand-même. Elle finit par
verser des larmes et ça fait beaucoup de peine à Allan Rickman, qui comprend enfin
qu’il a été un imbécile, ah la la. Il est vrai qu’ils avaient déjà beaucoup
réfléchi à leur relation dans Sense and Sensibility en 1995. Pourquoi ne
pas leur faire rencontrer Freeman ? ça les ferait rire un peu tous les
deux.
Martin Freeman (The Office –
2001-2003) met sa tête d’abruti au service d’une rencontre improbable
sur un plateau de tournage avec une doublure mignonne et à poil. Assez marrant
en fait. Pour relever un peu la sauce, on aurait pu proposer le rôle de la
doublure à Thompson.
Keira Knightley ne déroge pas à la règle du jeu conventionnel qui semble
régner sur ces histoires (voulues) extraordinaires. Elle y va de son
sempiternel froncement de sourcil qui lui remonte la narine vers la glabelle,
comme une morveuse. Elle se marie avec Chiwetel Ejiofor (les excellents Dirty
Pretty things (2002), Four
Brothers (2005), 12 Years
a Slave (2013)) et découvre
qu’elle est aimée d’un autre. Hormis un bisou à l’issue d’une scène affligeante
de mièvrerie, la morale sera sauve. Elle aurait pu découvrir la relation
d’Ejiofor avec Freeman, ou même Neeson, et se venger en baisant avec le chien
ou avec Firth, ce qui aurait mis Schiffer en colère qui aurait elle-même seduit
Theron, ah non, elle n’est pas dans le film.
Hugh Grant, et là c’est le summum, nouveau Prime Minister, tombe amoureux
d’une employée de Downing Street, Martine Mc Cutcheon, un boudin tout à fait
acceptable et au naturel irrésistible puisqu’elle dit souvent des gros mots,
oh ! tout d’même. La scène finale où, se croyant à l’abri des regards, ils
s’embrassent sur la scène d’un théâtre dont les rideaux s’ouvrent brusquement… oups !
alors là vraiment, ils ne sont pas prudents. Imaginez une fellation à la place
de ce baiser nigaud, ou Grant lui broutant la moule et surpris par le public qui
lance « Il n’y a pas qu’aux
Malouines que ça sent le poisson » ou quelque chose comme ça.
Laura Linney peut faire bon usage de sa tronche de jolie vieille fille. Son
frère malade est le frein unique à son unique amour. Assez touchant en fin de
compte. Il aurait fallu lui coller deux amants, Freeman et Nighi en même temps.
Bill Nighi (Underworld (2003),
Pirates of the Carribean 2), en star subversive, fera sourire, ricaner
et même nous taire. Malheureusement, on le voit peu.
Un acteur joue le rôle des moins de 22 ans, il en faut pour tout le monde.
Il part aux États-Unis et revient avec un tas de plantureuses américaines,
ouh ! comme c’est chaud. Il aurait suffi de rendre tout ça un chouïa
libidineux pour échapper à l’ennui.
Il semble que, après les scénarios de Four Weddings and a Funeral
(1994), Notting Hill (1999)
et Bridget Jones’s Diary (2001), Curtis ait peaufiné son style dans la
direction « conventionnel tout
public », le Stewie Wonder de la romance filmée, j’ai commencé fort et
après j’ai voulu vendre plus.
Feast of love (2007) recette à la mode des histoires entremêlées. Se voulant moins drôle
que Love Actually, ce qui n’est pas
facile, en tout cas moins
comme-l’amour-est-donc-imprévisible-et-fanstastique-ma-bonne-dame, mais pas
convaincant pour autant. Il n’y a que la passion de l’Australienne Radha
Mitchell qui prend aux tripes et le coup de foudre de Stana Katic et Selma
Blair qui prend un peu plus bas que les tripes. Malheureusement ces deux
dernières n’apparaissent qu’au tout début du film.
Rubbeldiekatz (2011) de l’acteur Detlev Buck. Histoire de terminer sur une impression
honorable. C’est un Tootsie (1982 – Pollack qui avait gagné le Golden
Screen en RFA) à l’allemande, en plus jeune et plus coquin. Le couple Matthias
Schweighöfer et Alexandra Maria Lara est amusant. Ce sont des stars chez les
fridolins. La bande son est plutôt américaine mais on entend aussi « Er heisst Waldemar » chanté par la
Suédoise Zarah Leander en 1941, la star du cinéma de Goebbels.
Dans un prochain article, je vous parlerai des comédies romantiques, et non
romantocs, The Importance of being Earnest (2002) d’Oliver Parker avec
Firth et Everett, Pane, amore e..... (1955) de Dino Risi avec Vittorio
de Sica et Sophia Loren, et d’autres savoureuses épopées.
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