Cendres froides
Mes rapports avec la cendre, s’ils ont été
sporadiques - je fumais un an et m’arrêtais six mois - ont toujours été des
plus courtois. Elle avait assez de discrétion pour ne pas suivre la fumée
jusque dans mes poumons. À cet égard, les cendres funéraires faisaient preuve
de la même délicatesse. Deux fois seulement elles furent dispersées dans ma
mémoire, à la cantonnade et sur scène par Monty Python quand John Cleese
laissait choir l’urne de feu son ami Graham Chapman ; à tous vents et dans
un cimetière au sud de Paris quand ma mère est décédée en 2004.
Comme des frères (2012) Une comédie de Hugo Gélin (je le répète :
c’est le neveu de mon copain d’internat Manuel Gélin, fils du célèbre Daniel. Pas
fini de vous le seriner…). Trois jeunes gens ont aimé la même fille. Elle est
morte. Les trois compères, en descendant vers la Corse avec ses cendres,
satisfont à son dernier souhait. Chansons nostalgiques ou geignardes intercalées
avec des flash-back d’intense amitié amoureuse et des situations drolatiques. L’essentiel
d’une virée assez sage entre copains, assez classique, vomi sur le siège
arrière, voiture volée et graffitée, karaoké... Mélanie Thierry est bien mais
ne perdez pas votre temps.
Dans la catégorie road movies de cendres ou de cadavres, voyez plutôt Getting
Home (2007) du Chinois Yang Zhang, un fermier ramène le corps de son ami au
village natal… en transports en commun. Ne ratez pas l’hilarant mais
profond Simon Koniansky (2009) du Belge Micha Wald, transport en
voiture d’un patriarche juif de Belgique en Ukraine par quatre représentants de
trois générations. Zaccaï est étonnant en papa rêveur et excédé par ses racines.
Deux films sortis en 2010 : The Way de l’Américain Estevez (fils de
Martin Sheen), un père transporte les cendres de son fils sur le chemin de
Compostelle ; et Ovsianky du Russe Fedorchenko où les cendres d’une
femme sont emmenées vers la Volga par son mari et son amant.
The Way (2010) Emilio Estevez tourne
et son père interprète le père. « You
don’t chose a life dad, you live one ». Le fils de Martin Sheen est
mort d’un accident sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Sheen vient
récupérer les cendres du fiston et décide de leur faire terminer le pèlerinage.
À pied par la Sheen, donc. Concept simple mais qui eut exigé un scénario plus
subtil. Galerie de portraits parfois inutiles : Tchécky Karyo en capitaine
de gendarmerie. Nul. Van Wageningen en pèlerin hollandais fumeur de hashish. Il
a bien grossi. Angela Molina en aubergiste sévère. Elle a bien vieilli. Kara
Unger en pélerine canadienne. Bandante. Matt Clark ! l’éternel second rôle
des westerns (The Culpepper Cattle
Co -1972) en prêtre. Nesbitt en écrivain allumé
(normal c’est un Irlandais). Antonio Gil en gitan bilingue. Quelques clichés,
comme cette soirée gitane sur un tube espagnol des années 90. Ça commençait pas
trop mal, puis ça faisait subodorer une belle quête mais finalement ça frôle
une visite guidée pour anglo-saxons pantouflards ou un carnet de voyage pour
magazine touristique. Toujours ce piège de la musique sur laquelle s’enchaînent
de petites scènes nous montrant comme les choses simples de la vie sont les
meilleures. Conventionnel, rasoir... La fin dans la cathédrale de St Jacques,
tournée sans élan, aplatit définitivement ce qu’il y aurait pu y avoir de
saillant dans ce pèlerinage. Le film a tout de même servi la popularité du Camino
car vers la même époque, tous mes élèves suédois avalaient ses 800 bornes pyrénéennes.
Moi, cette année-là, je prenais la tangente opposée vers le Cap Nord. Notez
tout de même qu’en Navarre, les tapas sont des pinchos. Et, si la randonnée et
les grands espaces vous attirent vers l’écran, allez voir Les Randonneurs
(1997 – Philippe Harel) pour rire vraiment ; et pour frémir Shoot
to Kill (1988), le seul Spottiswood qui vous prend aux tripes ; et revoyez
encore et encore Dersu Usala (1975 - Kurozawa). Notons qu’en suédois, ce
chef d’œuvre s’appelle Vägvisaren (le guide) et en espagnol El Cazador (le
chasseur). Je vous parlerai de Ovsianky une autre fois, j’ai besoin de pisser.
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