Ça branlait dans le manchot
La Marche de l’empereur (2005 France). Mon fils et moi sommes allés voir ce
documentaire au cinéma Spegeln à Malmö, mon cinéma préféré. J’ai longtemps été
membre de l’association. Cela me permettait de voir des films à l’œil et
surtout les opéras du Metropolitan de New-York, en direct.
Il ne s’agit pas des pingouins, espèce arctique, mais des manchots
empereurs en Terre Adélie. La projection digitale avait des hoquets que le
projectionniste ne voyait pas. Heureusement, assis derrière nous, il y avait un
vieux monsieur qui, pour le rappeler à l’ordre, se raclait la gorge « Aaaarrrrh ! ».
Cela s’intégrait bien à l’action : on aurait dit un phoque léopard affamé.
Le plus étonnant c’était le pingouin femelle assis deux rangées derrière :
son rire de pingouine fusait dès que les manchots bougeaient, c’est à dire à
tout instant du film. Voir ses congénères à l’écran suscite bien sûr
l’excitation chez n’importe quel individu de n’importe quelle espèce. Mais
celui-ci se fourrait la nageoire dans l’œil puisqu’il était question de
manchots et non de pingouins. Le spécimen laissait aussi entendre des bruits
moins naturels pour un pingouin, fût-il femelle, mais tout aussi
justifiés : une sorte de plainte chaque fois que ses congénères étaient
victimes d’un malheur, égarement, congélation ou mort violente ; et au
contraire une exclamation ravie lors d’heureux évènements, accouplement,
naissance ou… baptême. Toutefois, malgré le froid qui était intolérable, le spécimen
ne fit entendre aucun grelottement, ses tissus adipeux le protégeant sans doute
trop bien. Sur le mot fin, la pingouine s’est donc ébrouée puis elle a quitté
la salle de son pas dodelinant et j’ai cru un moment que le phoque léopard, qui
s’était levé sur son passage, allait tardivement nous en débarrasser. Le film
est certes passionnant mais son succès est en partie dû, outre le destin cruel
auquel se résignent les pauvres manchots, au destin non moins cruel des
documentaires animaliers sur le marché. Il y en a très peu, la concurrence est
dérisoire. Rappelons Le Peuple singe (1989 France) avec la voix de
Piccoli et Le Peuple migrateur (2001 France), tout deux produits par
Jacques Perrin. Il n’y a que les Français qui osent ?
Et
surtout l’hilarant Animals are Beautiful
People (1974) du Sud-Africain Jamie Uys, connu chez nous pour The Gods must be Crazy (1980 – Les Dieux
sont tombés sur la tête). Non seulement vous en rirez longtemps après mais vous
apprendrez comment les bushmen du Kalahari trompent le babouin pour qu’il les
mène aux précieuses sources cachées au creux des ravines. Ils ne sont pas
manchots.
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